đ Jamais Seuls Ensemble Jacques SalomĂ© Pdf Gratuit
troisdomaines, puis un ensemble de solutions pour les rééquilibrer en fonctions de profils type. « Petit cahier dâexercices pour apprendre Ă sâaimer, Ă aimer et pourquoi pas Ă ĂȘtre aimĂ©(e) » par Jacques SalomĂ© (2016). Si je ne sais pas mâaimer, jâaurai beaucoup de mal Ă aimer. Si je ne mâaime pas, je risque dâĂȘtre, en
Lire] PDF 6 Ans Ensemble, Carnet De Notes: Idée Cadeau Noces De Chypre, Pour femme, Pour Homme, Pour Célébrer Votre Union par - - PDF ePub Mobi eBook aobllxklh [Lire] PDF Alpes secrÚtes: Entre trek et alpinisme - De la Méditerranée à la Slovénie par Paul Grobel - PDF ePub Mobi eBook gycfzyopv
Parfois le silence peut ĂȘtre comme un tonnerre. Bob Dylan. 6. Le Silence intĂ©rieur est un Nectar. La VacuitĂ© qui en dĂ©coule est Elixir. Patje SEKO.
Annexe1 : Lettre Ă mon corps (Jacques SalomĂ©) Extraits : Bonjour mon corps, Câest Ă toi que je veux dire aujourdâhui, combien je te remercie de mâavoir accompagnĂ© depuis si longtemps sur les multiples chemins de ma vie. Je ne tâai pas toujours accordĂ© lâintĂ©rĂȘt, lâaffection ou simplement le respect que tu mĂ©rites.
Oserdonner gratuitement, sans ambiguĂŻtĂ©, sans mettre lâautre en dĂ©pendance ou en dette. je mets lâensemble de mon repas sur un seul plateau, je visualise ce que je vais manger. Jâajoute une assiette vide et je dĂ©pose dedans deux minis portions de chaque plat. Je visualise ainsi tout ce que je mets dans mon estomac et comment parfois je le transforme en poubelle ! » Mais il y
Ă amĂ©liorer son environnement: Jacques SalomĂ© disait, Ă propos de la crĂ©ativitĂ©, « plus de paix, dâharmonie et de beautĂ© dans son environnement proche » Ă se dĂ©tacher de la consommation qui est lâennemi de la crĂ©ativitĂ©, puisque la consommation offre dĂ©jĂ tout, on nâa plus quâĂ acheter, au lieu de rĂ©flĂ©chir, dâimaginer une autre solution, de crĂ©er soi-mĂȘme au lieu
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AubreyBeardsley, dont les illustrations de Salomé font la réputation, est nommé directeur artistique de la revue : sous son influence, l'Art
Onn'est jamais si malheureux qu'on croit ni si heureux qu'on avait espéré. "(La Rochefoucauld) Suis ton coeur, pour que ton visage brille durant le temps de ta vie. "(Plathotep) Le bonheur se donne à celui qui a vaincu sa peur de vivre et qui considÚre sa vie comme une étincelle sacrée, dans la continuité des ùges. (précepte de vie tibétain ) Le plaisir est le bonheur des fous, le
1GClA. 37 rĂ©sultats Passer aux rĂ©sultats principaux de la recherche Befriedigend/Good Durchschnittlich erhaltenes Buch bzw. Schutzumschlag mit Gebrauchsspuren, aber vollstĂ€ndigen Seiten. / Describes the average WORN book or dust jacket that has all the pages present. Ancien ou d'occasion - Couverture souple Etat Bon QuantitĂ© disponible 1 Ajouter au panier Etat Bon. Merci, votre achat aide Ă financer des programmes de lutte contre l'illettrisme. Etat very good. Envoi rapide et soignĂ©. Etat very good. Photo non contractuelle. Envoi rapide et soignĂ©. Ancien ou d'occasion - Couverture souple Etat Bon QuantitĂ© disponible 1 Ajouter au panier Softcover. Etat Bon. Ancien livre de bibliothĂšque. Traces d'usure sur la couverture. Couverture lĂ©gĂšrement dĂ©chirĂ©e. Salissures sur la tranche. Pages cornĂ©es. Edition 1995. Ammareal reverse jusqu'Ă 15% du prix net de ce livre Ă des organisations caritatives. ENGLISH DESCRIPTION Book Condition Used, Good. Former library book. Signs of wear on the cover. Slightly torn cover. Soiling on the side. Dog-eared pages. Edition 1995. Ammareal gives back up to 15% of this book's net price to charity organizations. Ancien ou d'occasion - Couverture souple Etat Bon QuantitĂ© disponible 1 Ajouter au panier Softcover. Etat Bon. LĂ©gĂšres traces d'usure sur la couverture. Ammareal reverse jusqu'Ă 15% du prix net de ce livre Ă des organisations caritatives. ENGLISH DESCRIPTION Book Condition Used, Good. Slight signs of wear on the cover. Ammareal gives back up to 15% of this book's net price to charity organizations. Ancien ou d'occasion - Couverture souple Etat Bon QuantitĂ© disponible 1 Ajouter au panier Softcover. Etat Bon. Ancien livre de bibliothĂšque. Petites traces de pliure sur la couverture. LĂ©gĂšres traces d'usure sur la couverture. Salissures sur la tranche. Ammareal reverse jusqu'Ă 15% du prix net de ce livre Ă des organisations caritatives. ENGLISH DESCRIPTION Book Condition Used, Good. Former library book. 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Comment vivre Ă deux en restant diffĂ©rents 1995. Ancien ou d'occasion - Couverture souple Etat Used Good QuantitĂ© disponible 1 Ajouter au panier Etat Used Good. Occasion - Bon Etat - Jamais seuls ensemble. Comment vivre Ă deux en restant diffĂ©rents 1995. Ancien ou d'occasion - Couverture souple Etat Used Good QuantitĂ© disponible 1 Ajouter au panier Etat Used Good. Occasion - Bon Etat - Jamais seuls ensemble. Comment vivre Ă deux en restant diffĂ©rents 1995. Ancien ou d'occasion - Couverture souple Etat Used Good QuantitĂ© disponible 1 Ajouter au panier Etat Used Good. Occasion - Bon Etat - Jamais seuls ensemble. Comment vivre Ă deux en restant diffĂ©rents 1995. Ancien ou d'occasion - Couverture souple Etat bon Ă©tat QuantitĂ© disponible 1 Ajouter au panier brochĂ©. Etat bon Ă©tat. comment vivre Ă deux en restant diffĂ©rents, de la rencontre Ă la relation, construire et vivre une relation, forces de cohĂ©sion et d'Ă©clatement, une double intimitĂ© in-8 173. Ancien ou d'occasion - Couverture souple Etat TrĂšs bon QuantitĂ© disponible 1 Ajouter au panier Couverture souple. Etat TrĂšs bon. Ancien ou d'occasion - Couverture souple Etat Very Good QuantitĂ© disponible 1 Ajouter au panier Etat Very Good. 1620811201. 1/1/0001 120000 AM. Ancien ou d'occasion - Couverture souple Etat OKAZ QuantitĂ© disponible 1 Ajouter au panier Paperback. Etat OKAZ. - Nombre de pages 173 p. - Langue fre - Genre DĂ©veloppement personnel. Ancien ou d'occasion - Couverture souple Etat 2 QuantitĂ© disponible 1 Ajouter au panier Etat 2. BROCHE. Ancien ou d'occasion - Couverture souple Etat TrĂšs Bon QuantitĂ© disponible 1 Ajouter au panier Souple. Etat TrĂšs Bon. EDITION Editions De L'Homme, MontrĂ©al 3eTrim. 1995, imp Nov. 2001. RELIURE souple couverture illustrĂ©e in-8° 227x152x13mm 173p. AUTEUR SalomĂ© jacques. TITRE Jamais Seuls Ensemble, Comment Vivre Ă Deux En Restant DiffĂ©rents. ILLUSTRATIONS en in et hors texte. LANGUE français. . DEWEY Sex psychology and psychology of the sexes. Bon Etat intĂ©rieur propre. 15 3cmx22 8cmx1 2cm. 1995. BrochĂ©. 173 pages. Aujourd'hui si deux couples sur quatre se sĂ©parent trop souvent dans la souffrance la violence et le dĂ©sarroi de l'incomprĂ©hension ou dans les dĂ©chirements des accusations c'est qu'ils n'ont pas su se proposer une relation de croissance SalomĂ© spĂ©cialiste de la communication intime nous invite Ă mieux cerner ce qui fonde les relations durables dans un couple. Il nous propose outre une rĂ©flexion approfondie des outils concrets pour construire des Ă©changes sur la rencontre des diffĂ©rences sur la capacitĂ© Ă vivre une double intimitĂ© commune et partagĂ©e personnelle et respectĂ©e. Une fois de plus Jacques SalomĂ© qui anime depuis 20 ans des sessions de formation sur la communication le dĂ©veloppement et le changement personnel se fait le chantre d'une vie amoureuse qui peut se dĂ©velopper entre deux ĂȘtres bien au-delĂ des risques de la routine ou des cet ouvrage qui fait suite Ă Parle-moi. j'ai des choses Ă te dire il nous confirme que vivre Ă deux est possible quand le respect de soi accompagne le respect de l'autre. Bon Ă©tat. Ancien ou d'occasion - Couverture souple Etat VERY GOOD QuantitĂ© disponible 1 Ajouter au panier Paperback. Etat VERY GOOD. Light rubbing wear to cover, spine and page edges. Very minimal writing or notations in margins not affecting the text. Possible clean ex-library copy, with their stickers and or stamps. Ancien ou d'occasion - Couverture souple Etat Very Good QuantitĂ© disponible 1 Ajouter au panier Etat Very Good. Former library book; may include library markings. Used book that is in excellent condition. May show signs of wear or have minor defects. Ancien ou d'occasion - Couverture souple Etat Comme Neuf QuantitĂ© disponible 1 Ajouter au panier Couverture Souple Glacee Ill. Etat Comme Neuf. 173 pages. Ancien ou d'occasion - Couverture souple Etat Bonne Condition QuantitĂ© disponible 1 Ajouter au panier Couverture souple. Etat Bonne Condition. Couverture lĂ©gĂšrement usĂ©e, cornĂ©e. Inscription sur la page de garde. IntĂ©rieur propre. Envoi soignĂ©. Ancien ou d'occasion - Couverture souple Etat bon QuantitĂ© disponible 1 Ajouter au panier Couverture souple. Etat bon. RO30307127 1995. In-8. BrochĂ©. Bon Ă©tat, Couv. convenable, Dos satisfaisant, IntĂ©rieur frais. 172 pages. . . . Classification Dewey 840-LittĂ©ratures des langues romanes. LittĂ©rature française. Ancien ou d'occasion - Couverture souple Etat bon QuantitĂ© disponible 1 Ajouter au panier Couverture souple. Etat bon. R200020398 1995. In-8. BrochĂ©. Bon Ă©tat, Couv. convenable, Dos satisfaisant, IntĂ©rieur frais. 171 pages. . . . Classification Dewey 150-Psychologie. Ancien ou d'occasion - Couverture souple Etat bon QuantitĂ© disponible 1 Ajouter au panier Couverture souple. Etat bon. R240069130 1995. In-8. BrochĂ©. Etat d'usage, Couv. convenable, Dos satisfaisant, IntĂ©rieur frais. 173 pages - coins lĂ©gĂšrement frottĂ©s. . . . Classification Dewey et famille. Ancien ou d'occasion - Couverture souple Etat bon QuantitĂ© disponible 1 Ajouter au panier Couverture souple. Etat bon. RO30130398 1995. In-8. BrochĂ©. Bon Ă©tat, Couv. convenable, Dos satisfaisant, IntĂ©rieur frais. 173 pages. . . . Classification Dewey Ancien ou d'occasion - Couverture souple Etat TrĂšs bon QuantitĂ© disponible 1 Ajouter au panier Couverture souple. Etat TrĂšs bon. Pas de jaquette. 152 X 226 mm. Exemplaire de bibliothĂšque. Ancien ou d'occasion - Couverture souple Etat bon QuantitĂ© disponible 1 Ajouter au panier Couverture souple. Etat bon. R200055829 1995. In-8. BrochĂ©. Bon Ă©tat, Couv. convenable, Dos satisfaisant, IntĂ©rieur frais. 173 pages- petites tĂąches en pied de quelques pages. . . . Classification Dewey 100-PHILOSOPHIE ET DISCIPLINES CONNEXES.
Revue Le chant de la licorne. No 26. 1989 Les maladies sont des langages symboliques avec lesquels nous allons tenter dâexprimer, parfois avec acharnement, avec dĂ©sespoir⊠ou parfois avec plaisir ce que nous ne pouvons pas dire avec des mots, avec nos langages habituels, ce aussi Ă quoi nous nâavons pas directement accĂšs et qui pourtant se crie en nous. *** Si la communication avec autrui le fait de mettre en commun est vitale pour chacun, la communication avec nous-mĂȘmes reste essentielle. Il sâagira dâĂ©couter les impacts, sur notre corps et sur notre imaginaire, de notre histoire rĂ©cente ou passĂ©e. Les mots du silence sont aussi violents Ă lâĂ©gard de nous-mĂȘmes quâĂ lâĂ©gard dâautrui. Quand on ne peut le dire avez des mots, on va le crier avec des maux Cette affirmation prĂ©liminaire peut sembler un paradoxe et risque de blesser, de heurter et de mâaliĂ©ner Ă tout jamais le lecteur de cet article. Car celui qui est en souffrance pense surtout Ă se dĂ©barrasser de son mal, ce qui Ă©quivaut Ă le bĂąillonner, donc Ă ne pas lâentendre. Nous allons tenter dâen dire plus et de tĂ©moigner de notre approche pour une meilleure communication, câest-Ă -dire une communication vivante pour des relations en santĂ©. Sur le plan des relations humaines, nous voyons aujourdâhui deux phĂ©nomĂšnes apparemment opposĂ©s et certainement complĂ©mentaires. â Dâun cĂŽtĂ© une incommunicabilitĂ© de plus en plus grande entre les individus je parle ici de la communication proche, intime, de la communication vitale et non de la communication de masse confondue avec une sur-information, avec une consommation de mots et dâimages qui ne nous nourrit pas pour autant. Autour de cette incommunicabilitĂ©, de cette difficultĂ© Ă se dire, Ă ĂȘtre entendu, Ă recevoir, il y a une immense souffrance, une infinie dĂ©tresse assimilĂ©e Ă la nĂ©gation ou Ă la dĂ©valorisation de soi ou de lâautre vĂ©cu comme mauvais, inaccessible ou barrĂ© qui conduit Ă la solitude [1]. â De lâautre cĂŽtĂ© un intĂ©rĂȘt, une recherche de plus en plus exigeante, individuelle, personnelle pour tenter de mieux se connaĂźtre, de mieux vivre, dâĂȘtre un meilleur compagnon pour soi-mĂȘme et par lĂ mĂȘme pour autrui. Et cette recherche me semble elle aussi essentielle et vitale car il y va de notre survie. En effet, nous avons peu de prise sur les phĂ©nomĂšnes sociaux qui nous environnent et nous conditionnent. Ce sont les multinationales qui prĂ©voient sans nous notre alimentation de demain, nos modes de loisirs, nos habitats et nos Ă©lĂ©ments de vie. Notre pouvoir rĂ©el et personnel sur les options sociales est quasi nul, nous avons peu de maĂźtrise sur tous ces phĂ©nomĂšnes qui nous Ă©chappent. Il nous reste un pouvoir potentiel possible, câest sur nous-mĂȘmes, sur la conduite de notre vie quotidienne et surtout sur ce qui en fait lâintĂ©rĂȘt â nos relations proches. La seule aventure humaine qui nous reste est celle des relations humaines, la dĂ©couverte de nos possibles et de nos impossibles Câest sur ce courant que nous souhaitons nous appuyer car notre santĂ© physique sây trouve liĂ©e. En effet, malgrĂ© les progrĂšs Ă©tonnants, fabuleux de la mĂ©decine et de la chirurgie, nous constatons quâil y a de plus en plus de gens, non pas malades, mais en difficultĂ©, en souffrance physique et psychique la surconsommation de mĂ©dicaments est liĂ©e Ă la non-convivialitĂ© avec autrui et avec soi-mĂȘme. La maladie ou la santĂ© ne nous tombent pas dessus comme ça, au hasard. Les bactĂ©ries, les bacilles, les virus ou les accidents, nous les recevons, nous les accueillons et trĂšs souvent nous les gardons en les entretenant avec beaucoup de soins! Câest bien notre corps, notre organisme qui les accueille, les entretient ou les rejette. Il serait mĂȘme possible de dire que nous fabriquons nos affections ah que ce mot est ambigu. Nous allons tenter dâillustrer nos rĂ©flexions par quelques exemples vĂ©cus, recueillis et explorĂ©s dans les sessions de formation portant sur le dĂ©veloppement et le changement personnel. Il ne sâagit pas ici de faire ni de la provocation ni de tomber dans des gĂ©nĂ©ralisations abusives et donc aveugles mais bien de tenter de comprendre un ensemble de phĂ©nomĂšnes dans lesquels nous sommes parties prenantes, non pas sur un mode volontaire mais plus sur un mode interactionnel. Chacun dâentre nous peut avoir observĂ©, repĂ©rĂ©, Ă©coutĂ© quelques-uns des phĂ©nomĂšnes psychiques, quelques-uns des vĂ©cus dĂ©crits plus loin et qui se sont inscrits comme des stress, comme des portes ouvertes, comme des appels au soma. Disons-le simplement les maux qui deviennent parfois des maladies sont des langages symboliques avec lesquels nous allons tenter de dire * Les conflits intrapersonnels et interpersonnels. * Les situations inachevĂ©es et en particulier le ressentiment liĂ© Ă ces situations. * Les sĂ©parations, pertes. * Les messages anciens de fidĂ©litĂ© ou de rĂ©paration, de soumission ou de conformitĂ©. Les conflits intrapersonnels et interpersonnels Le tĂ©lĂ©phone sonne et une amie mâapprend que je suis invitĂ© Ă une soirĂ©e, quâelle a mĂȘme pris un engagement pour moi. Sur le moment je ne dis rien, je rĂ©ponds des banalitĂ©s et je raccroche. Dans lâheure qui suit, jâai des rĂ©actions fĂ©briles, ma gorge me fait mal, jâai tous les symptĂŽmes dâune angine⊠» Combien dâangines, de grippes ne sont-elles que lâexpression » mise en acte dâun refus qui nâa pu se dire, dâune expression personnelle qui nâa pu trouver son passage pour se faire entendre. Cette femme a Ă©pousĂ© un alpiniste Ă©mĂ©rite, voire tĂ©mĂ©raire, qui lâentraĂźne chaque Ă©tĂ© sur les plus hauts sommets alpins. Elle suit son mari, mais a une peur terrible de certaines ascensions et surtout, surtout voudrait faire entendre sa demande qui serait de rester⊠au chalet Ă lire⊠à rĂȘver pendant que lui ascensionne. Chaque Ă©tĂ© elle produit un herpĂšs qui lui mange la moitiĂ© de la lĂšvre⊠elle profite » de ce dĂ©rangement pour refuser les relations sexuelles [2]. Le jour oĂč elle a pu entrer en conflit ouvert, câest-Ă -dire confronter ses besoins rĂ©els avec ceux de son mari⊠et prendre la dĂ©cision de les respecter, lâherpĂšs disparut totalement. MichĂšle, dix-huit ans, vit chez ses parents et sort avec un ami qui est devenu son amant. Elle doit rentrer Ă minuit moins dix. Ă chacune de ses sorties, durant le temps de la rencontre, elle se sent malade. Une barre lĂ , sur le front, des crispations Ă lâestomac, des crampes dans le bas-ventre. Toute la soirĂ©e jâĂ©tais mal foutue, vraiment patraque. CâĂ©tait devenu un fait acquis. Cela sâarrĂȘtait net quand vers onze heure trente je proposais quâil me ramĂšne. Les dix derniĂšres minutes se passaient bien. On nâa jamais fait lâamour que dans sa voiture, juste avant le retour ». Les sĂ©parations, les pertes Elles sont vĂ©cues Ă des degrĂ©s divers, suivant lâĂąge et la phase de dĂ©veloppement. Souvent lâĂ©motion, les sentiments rĂ©els qui sây rattachent ne sont pas directement exprimĂ©s, ne peuvent ĂȘtre dits, le travail de deuil ne peut se faire⊠et cela va sâinscrire dans le corps, dans un signe, une trace qui se rĂ©vĂšlera plus tard Ă partir dâun petit Ă©vĂšnement dĂ©clenchant. Cet homme de cinquante ans raconte avec une Ă©motion intense faite de dĂ©sespoir et de colĂšre mĂȘlĂ©s cet Ă©pisode de ses sept ans oĂč au retour de lâĂ©cole il dĂ©couvre Boum Boum » son ami le cochon, Ă©ventrĂ© contre le mur de sa ferme. Son pĂšre avait tuĂ© son meilleur ami, son confident. Il se cacha toute la nuit avec un sentiment immense de culpabilitĂ©. Il nâavait pas su protĂ©ger son ami ». Et pendant de longues annĂ©es, aux temps de NoĂ«l, il trouvera toujours moyen de se blesser, de se tailler, de se couper, de se mutiler. Son corps porte la trace de nombreuses cicatrices⊠qui tĂ©moignent de son impuissance Ă sauver son animal prĂ©fĂ©rĂ©, lâĂȘtre le plus cher au monde » dans cette pĂ©riode de sa vie. Cette femme, mĂšre de quatre filles, est allergique depuis toujours » dit-elle il faut toujours se demander quand commence le toujours » dans une vie. Allergie Ă certaines odeurs et pollen, liĂ©e Ă la perte dâune poupĂ©e jetĂ©e Ă la dĂ©charge parce que trop vieille, trop sale ». Tu ne vas pas garder cette cochonnerie dans ton lit » avait dĂ©crĂ©tĂ© la mĂšre. Et chaque annĂ©e au mois dâoctobre mois oĂč la poupĂ©e avait Ă©tĂ© jetĂ©e, elle produit une sinusite infectieuse, tenace, agressive. Ces traces en elle furent retrouvĂ©es, le jour oĂč en rangeant le grenier elle dĂ©couvrit la premiĂšre poupĂ©e de sa fille et Ă©clata en sanglots, sans comprendre nous dit-elle. La petite Louise avait neuf ans quand elle perdit sa mĂšre nourriciĂšre, la seule mĂšre quâelle ait connue. Celle-ci avait soixante ans au moment de sa mort et cinquante et un ans plus tard Louise, devenue grand-mĂšre, fit une dĂ©pression nerveuse. Elle dira bien longtemps aprĂšs Ă son fils Tu sais, moi aussi jâavais pensĂ© mourir Ă soixante ans comme ma mĂšre ». Les messages anciens de fidĂ©litĂ© ou de rĂ©paration Ils se jouent souvent sur le mode de la soumission, de lâidentification ou de la dette. Jean, trente-sept ans, produit plusieurs fois par an des sinusites, des rhumes mauvais qui se prolongent longtemps. JusquâĂ ce quâil puisse dire Ă sa mĂšre avec quelques trente ans de retard la vĂ©ritĂ© » sur un Ă©vĂšnement de son enfance. A sept ans il avait failli se noyer et avait cachĂ© cela Ă ses parents. Ce jour-lĂ , oui, en lâĂ©coutant enfin, sa mĂšre ouvrit ses bras et lui dit mon pauvre petit ». Il put pleurer longuement et lĂącher » Ă ce moment- lĂ toute lâeau angoissante quâil avait gardĂ©e pendant tant dâannĂ©es⊠et lĂącher » ainsi ses sinusites chroniques. FidĂ©litĂ© Ă des messages anciens, Ă des engagements Ă tenir, Ă des rĂ©parations Ă faire. Cette ex-petite fille a voulu redonner » et offrir » ainsi Ă sa mĂšre le petit bĂ©bĂ© que celle-ci avait pĂ©ri lors dâune fausse couche, un petit garçon, par exemple, qui aurait comblĂ© de joie la grand-mĂšre; mais dans lâhistoire conjugale de ce couple, il nây avait pas de garçon, seulement » trois filles⊠et quelques annĂ©es plus tard cette femme lâex-petite fille produira un kyste sur lâovaire gauche Ă la table familiale la mĂšre Ă©tait toujours Ă sa gauche. Oui, quand nous Ă©coutons, quand nous acceptons de laisser sâassocier tant de signes produits par le corps, nous commençons Ă entendre des histoires fabuleuses⊠et pas nĂ©cessairement dramatiques. La mĂ©moire du corps est incroyablement riche et il nây a rien dâĂ©tonnant Ă ce quâelle se dise. Il arrive ainsi au corps de hurler dans le silence des mots. Ne dit-on pas Ă corps et Ă cris ». Il va tenter de parler, de lĂącher les conflits, de dĂ©poser des sentiments trop lourds, des demandes refoulĂ©es, des sentiments de dette ou de rĂ©paration. Ainsi le corps peut devenir un champ de bataille, extraordinairement fĂ©cond par les discours » contradictoires qui sây affrontent. Le dilemme des Ă©coutants et des soignants est le suivant Si je soigne, je dĂ©truis le symptĂŽme, je bĂąillonne donc ce qui tente de se dire par cette mĂ©diation ». Câest pour cela que la mĂ©decine classique qui vise Ă rĂ©tablir le fonctionnement, Ă supprimer les consĂ©quences dâune infection risque de passer Ă cĂŽtĂ© de lâessentiel entendre ce qui se dit, ce qui se crie, ce qui se dĂ©bat dans lâexpression dâune somatisation. TrĂšs souvent, sans que cela soit nĂ©cessairement conscient, il y a quand mĂȘme rĂ©paration symbolique dans la relation avec le soignant. Ce sera Ă lâoccasion dâun geste, dâune parole, dâune association que se rĂ©tablira le lien dans une chaĂźne de signifiants qui Ă©chappent Ă la fois au soignant et au soignĂ©. Câest la qualitĂ© de certains thĂ©rapeutes dâintroduire ainsi dans leur relation des Ă©quivalents symboliques qui restaurent cette dimension chez lâautre. La cause dâune maladie nâest pas son sens Dans trop de dĂ©marches de comprĂ©hension et de soins » il y a confusion entre la recherche de la cause pour expliquer, justifier la maladie et la tentative dâen comprendre le sens. Trop souvent, en effet, nous donnons une explication Ă la maladie, câest-Ă -dire que nous trouvons une cause matĂ©rielle ou physiologique ou une cause psychologique. Depuis que mon mari mâa quittĂ©e, jâai des insomnies ». Cette tentative dâexplication dâune somatisation, dâun dĂ©rangement, dâun disfonctionnement constitue pour moi un leurre. Il ne sâagit pas de rechercher la cause, lâexplication de la maladie, du traumatisme mais bien sa signification, câest-Ă -dire concevoir la maladie comme un langage dans une chaĂźne de signifiants qui nous Ă©chappe. Ainsi les insomnies de cette femme peuvent avoir comme sens une auto-privation, une punition quâelle sâinflige pour avoir dĂ©sobĂ©i Ă son pĂšre qui lui avait dit tu ne dois pas te marier avec un type comme ça, tu me déçois beaucoup ». Cherche-t-elle ainsi Ă renouer avec son pĂšre, Ă lui marquer son allĂ©geance tu avais raison papa, regarde comme je suis punie ». Nous nâen savons rien, mais en travaillant » sur la recherche du sens, plus que de la cause, nous obtenons souvent un changement, un abandon du symptĂŽme, une restructuration dâune relation essentielle. Quelle signification prennent ces otites chez ce bĂ©bĂ©? Maman, tu ne mâentends pas, tu nâentends rien ». Câest bien dâoreilles Ă dĂ©boucher quâil sâagit, mais pas de celles que lâon croit. Combien de psoriasis invincibles, traitĂ©s, soignĂ©s depuis plusieurs annĂ©es par des dermatologues compĂ©tents⊠mais parfois sourds, vont Ă©clater », se dissoudre littĂ©ralement quand la violence qui les contient pourra se dire. La colĂšre terrible de cette femme de trente-deux ans contre sa sĆur qui lui avait volĂ© le prĂ©nom de sa poupĂ©e⊠à cinq ans, lui permettra de lĂącher » un psoriasis tenace⊠qui ne demandait quâĂ ĂȘtre entendu ! Câest le retour du refoulĂ© qui va libĂ©rer ces points de fixation, dâancrage et permettre de lĂącher prise sur une inscription, un germe de conflit, un point de tension ». Bien sĂ»r, la mĂšre de cette jeune adolescente de treize ans ne sait pas quâelle inscrit dans le corps de sa fille un jugement sans appel » contre ces gens qui ne savent pas aimer une seule personne Ă la fois » elle parlait peut-ĂȘtre de son ami qui a plusieurs relations. Et quand cette jeune fille de quinze ans va se sentir attirĂ©e par deux garçons Ă la fois⊠elle sera prise de violentes crises diagnostiquĂ©es comme crises dâappendicite â câest son conflit quâelle dira je tiens Ă eux, Ă tous les deux ou son attachement Ă sa mĂšre je ne veux pas la dĂ©cevoir et Ă lâimage quâelle a intĂ©riorisĂ©e je ne veux pas ĂȘtre vue comme une fille facile ou une putain... A la troisiĂšme crise quelques minutes avant de partir Ă lâhĂŽpital pour lâopĂ©ration de lâappendice, un Ă©change avec un ami de passage ouvrira » le conflit, fera Ă©clater lâabcĂšs » de ses contradictions et lui permettra de sâaccepter mieux dans ses attirances multiples. StĂ©phane a huit ans, câest le soir de son anniversaire. Sa mĂšre, cĂ©libataire, a rĂ©uni autour de lui ses grands-parents et une tante. Tout sâannonce bien, il est joyeux, dĂ©tendu. Et puis le tĂ©lĂ©phone sonne, câest lâami de sa mĂšre qui souhaiterait passer quelques jours avec elle. Elle lâinvite, donc. TrĂšs peu de temps aprĂšs lâarrivĂ©e de lâami, StĂ©phane commence une poussĂ©e fĂ©brile, il sera auscultĂ©, palpĂ© avec prise de tempĂ©rature, il a 40°8. Il sâalitera. Le repas dâanniversaire se passera sans lui⊠autour de lâami de maman. Cette petite fille de dix ans et demi rentrant de camp de ski fut prise de maux de ventre violents, de vomissements, de malaises. Cela dura plus de deux mois jusquâau moment oĂč elle put dire Ă sa grand-mĂšre quâelle avait embrassĂ© un garçon sur la bouche et quâelle avait entendu Ă la radio que le sida pouvait sâattraper par le baiser. Paule, mariĂ©e depuis douze ans, deux enfants, est enceinte pour la troisiĂšme fois. Son mari nâaccepte pas sa grossesse et lui dit si tu gardes ce troisiĂšme enfant⊠je divorce. » Paule fera une IVG et depuis, elle a des hĂ©morragies importantes, brutales, irrĂ©guliĂšres. Sur le plan physique tout est en rĂšgle ». Qui lui permettra dâentendre » oĂč se trouve sa blessure? Quâest-ce qui saigne en elle? Qui lâĂ©coutera pour quâelle entende, elle, cette partie blessĂ©e qui sâest rĂ©vĂ©lĂ©e avec lâinterruption de grossesse? Paule mettra ainsi six ans avec lâaide dâun tout petit Ă©vĂšnement pour dĂ©couvrir et reconnaĂźtre que ce qui Ă©tait blessĂ©, fissurĂ© » en elle, câest la relation avec son mari. Lâenjeu quâil avait posĂ©, câest moi ou lâenfant », avait cassĂ© quelque chose dans leur relation⊠et le sang des hĂ©morragies disait cette bĂ©ance entre eux. Il sâappelle Jean et câest le prĂ©nom du frĂšre de la mĂšre, mort trĂšs jeune. Il porte ce nom comme une trace, celle de la blessure vĂ©cue par sa mĂšre, petite fille, qui adorait ce grand frĂšre. Comment peut-il avoir du plaisir et se prĂ©senter comme un ĂȘtre de sensualitĂ©? Sa fidĂ©lité⊠lui dictera de sâautopunir, de sâanesthĂ©sier au niveau des sens et du plaisir et de ne pas entretenir trop vivante la vie quâil porte. Jean a une relation suivie avec une jeune femme depuis six ans, mais il nâĂ©prouve aucun plaisir avec elle ». Ses Ă©rections ne le conduisent quâĂ sâintroduire puis Ă attendre⊠et il ne se passe rien. Son impuissance » Ă entrer dans le plaisir le conduit Ă consulter un sexologue. Pierre est un IsraĂ©lien qui fait ses Ă©tudes en France. Il frĂ©quente une jeune fille avec laquelle il vit et dans quelques mois, il aura son diplĂŽme dâingĂ©nieur. Ses parents dĂ©cident de venir le voir, avec lâintention de lui rappeler ses engagements Ă lâĂ©gard de son pays, câest-Ă -dire quâil devra rentrer aprĂšs son diplĂŽme. Pierre est partagĂ©, il aime son amie, il sâest attachĂ© Ă la France et nâenvisage pas de rentrer tout de suite » dans son pays. Quand ses parents dĂ©cident dâabrĂ©ger leur sĂ©jour et de repartir, Pierre propose de les accompagner en voiture Ă lâaĂ©roport. Sur lâautoroute, juste Ă quelques kilomĂštres de lâaĂ©roport, il sâarrĂȘte dans un parking pour satisfaire un besoin Ă©lĂ©mentaire et⊠en descendant simplement de sa voiture⊠il se casse une jambe double fracture, hospitalisation, plaques de fixationâŠ. Pierre, lui, ne croit pas du tout que cet accident » a un quelconque rapport avec son conflit et sa relation Ă ses parents⊠ou Ă son amie. Si nous ajoutons que la premiĂšre Ă©preuve de son examen devait avoir lieu la semaine suivante⊠qui faudra-t-il convaincre ? Jeanne a dĂ©cidĂ© de se marier quoi quâil arrive avant la fin de lâannĂ©e. Le jour du rĂ©veillon du nouvel an, au cours du repas, elle sâengage Ă lâĂ©gard dâun ami, de façon impromptue mais formelle⊠Toute sa famille est prĂ©sente. Et le lendemain matin elle se rĂ©veille malade comme une bĂȘte ». Pendant trois mois, elle sera malade tous les jours avec les mĂȘmes symptĂŽmes maux dâestomac, brĂ»lures, maux de tĂȘteâŠ. Au bout de trois mois elle part au Maroc avec son ami et dĂ©cide de prendre la pilule. Au retour, les symptĂŽmes sâamplifient et se polarisent sur les huit jours prĂ©cĂ©dant les rĂšgles. Chaque mois pendant toute une semaine jâĂ©tais malade Ă en crever ». Elle se marie Ă lâautomne et pendant seize ans elle sera ainsi chroniquement malade, dĂ©rangĂ©e, en souffrance plusieurs jours par mois⊠sauf dans les deux pĂ©riodes de sa grossesse. Les nausĂ©es de la grossesse, connais pas⊠». Dans son couple, pendant toutes ces annĂ©es, pas de disputes, pas de reproches, pas de revendications. Jamais un mot plus haut quâun autre, mais jamais plus bas non plus⊠». Nous Ă©tions vus comme le couple idĂ©al ». Un jour un conflit Ă©clata entre son mari et elle. Une sorte de rĂ©volte mâa prise. Jâai hurlĂ©, je suis malade depuis que je te connais, je nâavais rien eu avant⊠Tu te prĂ©sentes comme une victime mais câest moi qui suis coincĂ©e dans notre relation ». AprĂšs cette sortie » sauvage, vĂ©hĂ©mente, mes maux disparurent et je retrouvai ma santĂ© de jeune fille⊠mais la relation avec mon mari, elle, devint difficile, câest-Ă -dire rĂ©elle. Jâavais commencĂ© Ă changer et surtout Ă reconnaĂźtre combien mon engagement du rĂ©veillon de fin dâannĂ©e Ă©tait un passage Ă lâacte et non un vĂ©ritable dĂ©sir⊠que jâavais payĂ© pendant tant dâannĂ©es avec mes somatisations. Jâai pu dire plus tard Ă mon mari que la colĂšre que jâexprimais envers lui, câĂ©tait contre moi que je lâavais de mâĂȘtre dupĂ©e moi-mĂȘme. » Marie, mĂšre de trois enfants, a perdu Ă neuf ans son pĂšre qui en avait trente-neuf. Elle se souvient bien de lâĂ©vĂšnement. Elle faisant ses devoirs Ă la fin de lâaprĂšs-midi, Ă la tombĂ©e de la nuit », quand son pĂšre sâest levĂ©, a fait quelques pas puis est tombĂ© comme une masse prĂšs de la cheminĂ©e. Pendant des annĂ©es elle a vĂ©cu ce moment prĂ©cis, la tombĂ©e de la nuit », avec agitation, irritation, une sorte de malaise ». Elle reliera son comportement au souvenir de la mort du pĂšre le jour mĂȘme de son anniversaire⊠à trente-neuf ans. Les associations de dates sont inscrites en nous et se rĂ©activent Ă des moments-clĂ©s pour dĂ©voiler une situation difficile ou inachevĂ©e. Chaque fois que je me mets en situation conflictuelle sans pouvoir exprimer ma position, sans pouvoir ĂȘtre entendu, jâai un incident, un accident de voiture, jamais grave mais⊠coĂ»teux tĂŽles froissĂ©es, phares, portiĂšres, rouesâŠ. Aussi jâai pris lâhabitude, aprĂšs un conflit non ouvert, de prendre un taxi⊠» Esquisses thĂ©rapeutiques Si nous acceptons que les maux » produits par le corps et qui deviennent parfois des maladies et des somatisations fonctionnelles sont des langages symboliques, cela veut dire quâil sera possible de les soigner non Ă partir de leur symptĂŽme mais Ă partir du sens, du discours cachĂ© dans lesquels ils sâinscrivent, et de les traiter par des rĂ©ponses symboliques. Ainsi nous proposons parfois des rĂ©ponses symboliques » qui vont ĂȘtre entendues et devenir des Ă©lĂ©ments actifs dans la guĂ©rison ou provoquer la disparition des symptĂŽmes. Le petit Thomas, six ans, a depuis deux ans et demi de lâasthme. Son pĂšre a quittĂ© la mĂšre quand il avait trois ans et demi câest lâĂ©lĂ©ment dĂ©clencheur. Il joue seul, refuse dâintĂ©grer frĂšre ou sĆur dans ses jeux, refuse la vie sociale proposĂ©e par la mĂšre, se coupe de tout. Il dit souvent jâaime pas lâair de cette maison, je prĂ©fĂšre lâair de papa ». Nous proposons Ă la mĂšre dâutiliser une grande bouteille appelĂ©e Dame-Jeanne sur laquelle elle collera une Ă©tiquette Bonbonne dâair de papa », avec un petit tuyau pour aspirer. Et ce jour-lĂ , Thomas joue dans sa baignoire, appelle sa mĂšre et lui dit regarde, je fais le poisson, je respire sous lâeau ». Elle nous dira il nâa plus fait de crise dâasthme de ce jour. » Nous proposons aussi ce que nous appelons des jeux, des prescriptions symboliques portant sur un aspect du discours ou du symptĂŽme entendu comme ayant une forte charge symbolique. Il nous est arrivĂ© de prescrire Ă une personne de faire Ă©couter du Mozart Ă ses reins ou Ă son foie. De faire visualiser sa nuque comme une Ă©ponge dessĂ©chĂ©e qui se gonfle lentement, lentement dâeau en descendant dans la mer⊠Le petit RenĂ©, quatre ans et demi, va Ă lâĂ©cole maternelle pour la premiĂšre fois et dĂšs le troisiĂšme jour se met Ă faire caca dans sa culotte. Son pĂšre se fĂąche, le menace et lui promet une raclĂ©e sâil continue car tu es grand maintenant ». RenĂ© dira Ă sa mĂšre je ne peux pas me retenir, ça sort tout seul, ça pousse et ça sort ». Nous proposons Ă sa mĂšre de lui raconter sa naissance. Elle Ă©clate en sanglots je ne lui ai jamais parlĂ© de ça pour ne pas le traumatiser, il est nĂ© par cĂ©sarienne ». Elle accepte cependant de lui dire son vĂ©cu Ă elle, la dĂ©cision prise par lâobstĂ©tricien⊠Elle nous dit que les difficultĂ©s anales de RenĂ© ont disparu dĂšs le lendemain de ce rĂ©cit. Cet enfant avait douze ans lorsque son pĂšre sâest suicidĂ© par pendaison. Le silence autour de cet Ă©vĂšnement tant du sa famille que dans sa vie fait que souvent il a mal au larynx Ă©touffements, Ă©tranglements. Pendant trente ans de sa vie, il subira de multiples opĂ©rations amygdales, kyste, ganglions autour de la gorge, du cou, de la nuque. Dans un jeu symbolique il parlera Ă son pĂšre et lui dira sa colĂšre⊠et son amour, sa fidĂ©litĂ© aussi Ă travers toutes ses cicatrices. Autant de preuves de lâexistence de ce pĂšre qui sâest dĂ©robĂ© trop tĂŽt⊠et Ă qui il a Ă©tĂ© impossible de dire je tâaime et je tâen veux ». En conclusion provisoire⊠Dans cette dĂ©marche qui consiste Ă Ă©couter les maux du corps pour mieux lâentendre se dire, lâĂ©cueil Ă Ă©viter sera la confusion entre la cause et le sens. Nous avons trop tendance Ă rechercher la cause, câest-Ă -dire lâexplication dâune chose. Nous remplaçons trop facilement la comprĂ©hension qui est une recherche du signifiĂ© par lâexplication qui est une recherche de savoir, de contrĂŽle et de maĂźtrise. Trop souvent nous parlons de notre corps⊠nous parlons sur lui au lieu de lui laisser la parole. Nous pouvons aussi parler » Ă notre corps avec des langages symboliques. Nous avons surtout le besoin dâĂȘtre entendus, dâĂȘtre Ă©coutĂ©s plus que dâĂȘtre contrĂŽlĂ©s. La qualitĂ© de la relation avec autrui passera par notre capacitĂ© Ă ĂȘtre un meilleur compagnon pour soi-mĂȘme mais ceci est dĂ©jĂ une autre histoire. * * * * * BIBLIOGRAPHIE PARLE-MOI, JâAI DES CHOSES Ă TE DIRE, par Jacques SALOMĂ, Ed. de lâHomme RELATION DâAIDE ET FORMATION Ă LâENTRETIEN, par Jacques SALOMĂ, Lille LES MĂMOIRES DE LâOUBLI, par Sylvie GALLAND et Jacques SALOMĂ, Ed. Le Regard Fertile 1 La pire des solitudes, ce nâest pas dâĂȘtre seul, câest dâĂȘtre un mauvais compagnon pour soi-mĂȘme. 2 Nous savons tous le nombre dâinfections vaginales, tenaces, douloureuses, qui sâinstallent sans causes » Ă©videntes, avec des analyses nĂ©gatives. Elles disent souvent les malentendus, les refus non exprimĂ©s, les violences » relationnelles.
Revue CoĂvolution. No 12. Printemps 1983 Jacques SalomĂ©, nĂ© le 20 mai 1935 est un psychosociologue et Ă©crivain français. Il est lâauteur de plus de 60 ouvrages consacrĂ©s Ă la communication. La tendresse ne naĂźt pas elle engendre Il mâa Ă©tĂ© donnĂ© lâoccasion rĂ©cente de mâinterroger sur la tendresse [1]. Je vais tenter ici dâavancer quelques rĂ©flexions et positions personnelles sur ce thĂšme. Tout dâabord dire que je me sens un homme tendre, câest-Ă -dire plein de tendresse possible, dâabandon Ă vivre. Et en mĂȘme temps un homme de violence, de refus, de blocages possibles, un homme parfois ouvert et parfois interdit de tendresse. Je crois que la tendresse est un chemin, souvent difficile, connu ou inconnu, quâon peut suivre ou ne pas suivre. Pour le suivre, peut-ĂȘtre faut-il accepter de dĂ©passer des peurs et des prĂ©jugĂ©s. Je crois que nous sommes dans une culture, dans une civilisation oĂč la tendresse paraĂźt redoutable car elle est associĂ©e Ă une possible Ă©rotisation des relations et Ă une crainte plus ou moins dĂ©veloppĂ©e de la dĂ©pendance. On a peur de tomber sous lâemprise de quelquâun en acceptant de se laisser aller Ă recevoir » de lui. Si je prends quelquâun dans mes bras, un homme ou une femme, je sens dans un premier temps deux mouvements le mien, celui de lâautre. Dans le mien un tĂątonnement interrogatif. Comme une question est-ce possible ? le veux-tu ? mâacceptes-tu ? » Dans celui de lâautre, une lutte⊠il peut se dĂ©fendre, se rĂ©trĂ©cir, sâanesthĂ©sier ou se dĂ©rober avant de pouvoir sâabandonner Ă lui-mĂȘme, avant dâarriver Ă accepter que je puisse lui donner quelque chose â et peut-ĂȘtre aussi recevoir quelque chose de lui â de lâordre de la confiance. Je crois que la tendresse surgit aprĂšs la peur, aprĂšs les prĂ©jugĂ©s, aprĂšs les a priori. La tendresse câest la sĂšve de la relation, câest ce qui fait que deux ĂȘtres vivants sâapprochent, se rencontrent et quâils peuvent peut-ĂȘtre se dĂ©couvrir et se reconnaĂźtre sans se menacer. La notion de tendresse contient lâidĂ©e, lâavant-goĂ»t dâune croissance mutuelle possible. Câest par la tendresse de lâautre que je peux grandir â ĂȘtre â me dĂ©velopper en sĂ©curitĂ© [2]. La tendresse a besoin pour naĂźtre de lâimmobile et du silence. Câest lâanti-vitesse. Par la tendresse sâopĂšre aussi une re-connaissance mutuelle dans le sens de naĂźtre Ă nouveau avec lâautre et non pas dans le sens dâen savoir plus sur lâautre comme souvent le mot connaĂźtre est compris. La co-naissance participe plus du partage dâun vĂ©cu, dâun Ă©change sur lâessentiel. Dans le langage habituel avoir une connaissance sur quelquâun, câest trop souvent en savoir plus sur lui. Je crois que la tendresse fait partie de ce mouvement qui est de parcourir un chemin bordĂ© de sensations et de sentiments oĂč se trouvent mĂȘlĂ©s bienveillance, acceptation, abandon et aussi confiance, stimulation, Ă©tonnement, dĂ©couverte. Souvent, dans ma propre existence, jâai commencĂ© par relier la tendresse au contact physique, dans le geste reçu et donnĂ© dans la rencontre des corps mais je sais bien aujourdâhui que la tendresse nâest pas seulement physique. Elle est sensation, Ă©motion imprĂ©visible, regard Ă©tonnĂ©, mouvement secret et fugace, reliĂ©s Ă lâensemble des sens. Il y a du ruissellement dans la tendresse, de lâeau, quelque chose de trĂšs ancien, de plus loin que la naissance, qui nous renvoie certainement Ă une vie premiĂšre baignĂ©e dans la tendresse liquide ». Câest pour cela que jâassocie le corps Ă la tendresse. La tendresse suppose justement tous les autres langages qui se trouvent au-delĂ du langage verbal langages du regard, du toucher, de lâodeur, de la proximitĂ© physique et aussi ce que jâappelle les langages de lâintention », vouloir du bien-ĂȘtre, du mieux, du doux Ă soi-mĂȘme et Ă lâautre. Câest la distance abolie dans le sens de sâabandonner, dâoser se laisser aller en ayant le sentiment quâon va ĂȘtre reçu, et, peut-ĂȘtre amplifiĂ©, quâon ne va pas ĂȘtre repoussĂ©, rejetĂ©. Dans la respiration par exemple câest merveilleux dâĂȘtre contre quelquâun et de lâĂ©couter respirer ou de se sentir Ă©coutĂ© respirant. Quelle sĂ©curitĂ©, quelle plĂ©nitude de se sentir accordĂ© dans une respiration ! Câest aussi toute la qualitĂ© dâun geste qui accompagnera et soutiendra une parole, un Ă©change. La tendresse sur ce plan est une Ă©coute plus grande du geste geste qui donne, qui reçoit, qui retient, qui ouvre, qui permetâŠ. Pour moi, câest lâĂ©vidence, la tendresse participe incontestablement de tous les langages multiples et complĂ©mentaires du corps. Le contact de peau nâest quâun des passages possibles. Je crois que câest beaucoup plus global. Jâai envie de dire câest corporel avec tout ce que cela comporte. Le regard, lâaccueil des yeux est aussi quelque chose de bouleversant. La tendresse câest mon regard Ă©merveillĂ© sur ce que tu me donnes, câest ton regard Ă©bloui sur ce que je te donne. La respiration, lâodeur, lâĂ©nergie circulent entre deux ĂȘtres. Certains sont froids ou vous bouffent ». On dit parfois dans le langage populaire il mâa pompĂ© lâair » ce qui veut dire il a pompĂ© les Ă©nergies dont je disposais ». Pour moi le contact physique est un des passages possibles de la tendresse, mais il en existe bien dâautres. Le silence dont je parlais tout Ă lâheure peut ĂȘtre aussi un des passages forts de la tendresse. La tendresse câest aussi la musique, la chaleur et les tonalitĂ©s de notre voix. Nous nâaccordons pas assez dâimportance Ă la musique de la voix. Les sonoritĂ©s de la voix accompagnent les gestes de la tendresse et en colorent lâintention. LâĂ©motion filtrĂ©e dans les couleurs de la voix est plus importante que les mots car le corps rĂ©sonne aux vibrations sonores et amplifie sa perception, sa sensibilitĂ© Ă la tendresse donnĂ©e, proposĂ©e. Parfois je suis effrayĂ© en mâĂ©coutant parler, jâai lâimpression dâavoir une voix coupante, tranchĂ©e, froide, qui nâoffre pas de passage » Ă la tendresse et dâautres fois je me sens fondre, je sens que ma voix est conductrice, porteuse, elle devient un passage possible pour la tendresse. La tendresse câest une parole ou un silence qui devient offrande. La tendresse est donc quelque chose ni coupant, ni froid, ni menaçant, de lâordre du chaud, de lâouvert, de lâorange, du souple. Oui, du soyeux, du bienveillant et du riant. La tendresse est dans le ruisselant. La tendresse, câest la rencontre de tous ces langages au-delĂ de la parole qui par leur manifestation vont crĂ©er un climat particulier dans une relation. Si vous observez des couples dans un restaurant, vous remarquerez les tables oĂč circule de la tendresse. Je me mĂ©fie beaucoup de la tendresse verbale, de celle qui a besoin de se dire pour sâimposer ». Je crois que jâai besoin de tous mes langages, proximitĂ©, contact, odeur, respiration, vibration pour dire » ma tendresse et la recevoir. La tendresse implique un Ă©change ou un partage qui va bien au-delĂ des mots. La tendresse fait feu de tout bois pour se dire et sâentendre. Nous pouvons avoir, une attitude tendre Ă lâĂ©gard de quelquâun vers qui nous sommes attirĂ©s, mais câest ensuite le devenir de cette attitude dans une relation, au-delĂ de la rencontre, qui donnera vie Ă la tendresse ou Ă plus. Câest-Ă -dire quâil ne suffit pas dâavoir un Ă©lan, une attirance, il faut aussi quâune rĂ©ciprocitĂ© puisse se vivre. La rencontre ne se fait que sâil y a accueil, une sorte dâamplification. Souvent, jâen viens Ă sentir, par exemple, dans une relation amoureuse oĂč circule beaucoup de tendresse, que câest la peau qui caresse la main et pas nĂ©cessairement la main qui caresse la peau. Je ressens tout au fond de moi cette croyance que la tendresse doit ĂȘtre accompagnĂ©e, agrandie, amplifiĂ©e par lâautre. La tendresse câest une qualitĂ© de douceur et de confiance qui circule entre deux personnes qui se reçoivent mutuellement. Câest lâanti-menace, câest un entier qui accueille un entier. Si tu ne sais que faire de tes mains transforme-les en tendresse. Ma grand-mĂšre. Tout cela suppose que chacun soit prĂȘt Ă abandonner un certain nombre de peurs. La peur dâĂȘtre déçu, celle du refus, la peur dâĂȘtre dominĂ© qui est trĂšs forte chez la femme comme chez lâhomme. Si je souris dans la rue Ă une femme, elle change de trottoir ou elle baisse les yeux ou elle fait semblant de ne rien voir. Câest trĂšs rare que quelquâun rĂ©ponde Ă un sourire. Un sourire ne veut pas dire que je vais lui faire des propositions ou envahir son existence. Quand je rencontre quelquâun qui me touche, jâai envie de le lui tĂ©moigner. Et je me sens parfois honteux comme si jâavais violĂ© » parce que simplement jâai tentĂ© dâexprimer une Ă©motion, un ressenti ou un vĂ©cu mĂȘme Ă©phĂ©mĂšre et que toute mon attitude me dit que câest incongru, inappropriĂ©, inadaptĂ©, que je nâaurais pas dĂ» montrer mĂȘme un sourire [3]. Jâadmets Ă©videmment que chacun ait un territoire, une intimitĂ©, des prĂ©occupations et une disponibilitĂ© variables. Cela câest lâAutre. Et je ne souhaite forcer personne. Mais je ne veux pas me laisser arrĂȘter par la peur de lâautre. MĂȘme si je sens ses craintes, je ne veux pas mâinterdire de lui tĂ©moigner ce que je ressens. Ma libertĂ© ne peut commencer oĂč sâarrĂȘte celle de lâautre ». Elle est avant ou aprĂšs celle de lâAutre, elle existe aussi hors de lui. Il mâarrive trĂšs souvent de tenir quelquâun par lâĂ©paule, de lui mettre la main sur la tĂȘte, sur le cou, sur la joue, sur le ventre, dans le dos. Si je sens que mon geste le dĂ©sĂ©quilibre », le menace, je ne vais pas insister Je ne souhaite ni provoquer ni mâinterdire. Je crois quâen France, le pseudo-respect doit tuer autant de gens que les accidents de la route. Jâai une voisine qui a soixante quatorze ans ; elle est venue habiter prĂšs de chez moi il y a quatre ans. Câest une femme qui avait eu une vie assez cossue jusquâĂ la mort de son mari ; malgrĂ© des revers de fortune, elle a gardĂ© un style de vie assez vieille France ». La premiĂšre fois que je lâai prise dans mes bras pour lui dire bonjour, elle a risquĂ© dâavoir une crise dâapoplexie ; maintenant jâai lâimpression quâelle ne pourrait plus se passer de nos contacts. Je sens comme trĂšs important pour elle, et pour moi aussi, la chaleur, la bienveillance qui passent entre nous. Aujourdâhui beaucoup de personnes ĂągĂ©es crĂšvent par manque de contacts, on ne les touche plus, on ne les cĂąline plus, câest le dĂ©sert des corps. La tendresse est simultanĂ©ment don et accueil. La tendresse est quelque chose dâindispensable Ă la vie de lâĂȘtre humain et surtout Ă la qualitĂ© de la vie de chacun. Par ma formation et mes activitĂ©s professionnelles jâen suis arrivĂ© Ă penser que beaucoup de maladies je considĂšre la maladie comme un langage symbolique sont provoquĂ©es par des manques ou des distorsions, des malentendus liĂ©s Ă lâamour reçu et donnĂ© et Ă la tendresse absente, censurĂ©e ou dĂ©voyĂ©e. Jâassocie amour et tendresse dans un mĂȘme mouvement de lâĂȘtre Ă la rĂ©alisation de Soi, cette tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e et vitale vers plus dâachĂšvement de soi. Je ne pense pas que la tendresse puisse exister sans amour. LâĂ©ventail de lâamour est trĂšs large de lâintĂ©rĂȘt affectueux pour une personne jusquâĂ la passion et parfois jusquâĂ la folie. En effet, certaines relations dâamour sont des formes de maladie et de folie dans le sens oĂč lâautre devient un enjeu tellement important pour nous que nous nâarrivons plus Ă exister. Dans cet Ă©ventail lĂ , la tendresse trouve son champ et son espace. Je lie amour et tendresse, comme la chaleur peut ĂȘtre liĂ©e au soleil. La tendresse ne comble jamais un vide, elle rejoint le germe dâun plein et sâagrandit ainsi pour donner le climat dâune rencontre. Les gens sans tendresse Ă donner ou Ă recevoir seront souvent malades, ils crĂšvent » ou sâĂ©tiolent comme un arbre, se dessĂšchent aprĂšs un coup de froid ou un coup de chaud. Dans les contacts, par exemple, ils seront froids ou secs, agressifs, hĂ©rissĂ©s, dĂ©fendus. Ils nâutiliseront quâune toute petite partie de leurs potentialitĂ©s, leurs activitĂ©s crĂ©atives seront plus rĂ©pĂ©titives, ils peuvent ĂȘtre aussi des infirmes de la relation. Certains sont en lame de couteau », ils nous donnent lâimpression que nous ne pouvons pas entrer en relation avec eux sans prix Ă payer nous nous heurtons sans arrĂȘt Ă une sorte de fil Ă©troit qui tranche toute tentative dâapproche. Dâautres, au contraire, nous les sentons largement ouverts avec un Ă©ventail de possibles dans la relation trĂšs large. Le passage vers eux est ouvert, accessible. La tendresse câest aussi un passage vers le multiple, vers lâabondance. La tendresse est un besoin vital que nous nâosons cependant pas revendiquer. Qui va oser demander prends-moi dans tes bras », caresse-moi le dos », donne-moi de la chaleur », laisse-moi mâabandonner », regarde-moi », offre-moi plus souvent des sourires ». Ces demandes-lĂ sont mal vues. Elles paraissent souvent excessives, trompeuses, porteuses de risques. Par exemple, dans le domaine amoureux et sexuel le besoin de tendresse fait souvent lâobjet dâun malentendu. Combien de femmes paient la tendresse » dont elles ont besoin en sâobligeant sexuellement. Comme si elles Ă©taient obligĂ©es de payer en obligations sexuelles pour avoir la proximitĂ©, la chaleur, lâintĂ©rĂȘt ou lâattention de quelquâun. Et dâun autre cĂŽtĂ© combien dâhommes ne savent pas, nâont pas appris les gestes, les mouvements, les intentions de la tendresse. Si je considĂšre la relation amoureuse physique, combien dâhommes vont malaxer le sein dâune femme en croyant que câest bon pour elle ! Mais câest peut-ĂȘtre en la caressant derriĂšre lâoreille ou en massant trĂšs doucement le haut de son crĂąne quâils vont lui faire du bien, si câest lĂ une zone de rĂ©ceptivitĂ©, dâaccueil, de sensibilitĂ© pour elle. Une partie de la mythologie masculine associe tendresse et faiblesse. Se montrer tendre pour un homme câest risquer dâĂȘtre vu comme faible. La tendresse câest un geste qui devient caresse avant mĂȘme dâĂȘtre reçu. La tendresse, câest peut-ĂȘtre insupportable de le dire ainsi, sâapprend. Elle sâapprend ou se dĂ©sapprend trĂšs tĂŽt. Elle sâapprend tout dâabord avec les parents, avec la mĂšre, dans la rencontre des corps, des gestes et des regards. Avec la fratrie, dans les jeux. Elle devrait sâapprendre surtout avec le pĂšre. Dans le dĂ©veloppement de lâenfant, le pĂšre apparaĂźt comme un tiers favorisant la dĂ©-fusion dâavec la mĂšre. Ce sera lui qui, par des attitudes de permissivitĂ© et aussi dâinterdit balisera » le corps. En permettant des repĂšres il autorise dâune certaine façon le corps de lâenfant Ă sâagrandir. Par le contact, par lâexploration mutuelle il lĂšvera les menaces symboliques qui pĂšsent sur la relation du corps. Lâapprentissage de la tendresse câest lâapprivoisement du corps, offrande et rĂ©ceptacle. Le corps rĂ©el, celui que lâon voit, que lâon sent ou que lâon touche. Câest aussi la rencontre avec le corps imaginaire, le corps immense » fantasmĂ© par lâenfant. Mais combien dâhommes sont dĂ©fendus, inhibĂ©s, interdits dans le domaine du toucher et de lâabandon. Combien dâhommes Ă partir du moment oĂč leur fille ou leur fils ont sept, huit ans ne les prennent plus sur leurs genoux. Parce que lĂ aussi rĂ©side le risque de lâĂ©rotisation et de la sĂ©duction. La peur que son propre dĂ©sir surgisse inopinĂ©ment. Que faut-il faire de ce risque ? Tout dâabord en parler. Je crois que si nous pouvions apprendre aux pĂšres et aux mĂšres Ă parler de cela, ils dĂ©couvriraient que ce risque est souvent fantasmĂ©. Et puis surtout apprendre Ă dĂ©multiplier la tendresse en la partageant Ă plusieurs prendre le temps de se mĂȘler, oui de se mĂȘler Ă pleins bras, Ă pleines mains, Ă plein corps Ă plusieurs. Jâappelle ça faire le tas de tendresse » ou faire le plein » en se laissant fondre ensemble. La tendresse sâapprend par le rire et le jeu. Les jeux symboliques sont extraordinaires Je suis ton bĂ©bĂ©, jâai froid, je suis tout seule peut dire une mĂšre Ă son enfant, je veux que tu me portes sur ton ventre, lĂ je ferme les yeux, tu me protĂ©geras⊠raconte-moi des histoires⊠cĂąline-moi » et lâenfant se mĂ©tamorphose en source de tendresse pour ce bĂ©bĂ© inouĂŻ qui est sa mĂšre. Accepter la tendresse, câest prendre le risque de lâabsence dans la prĂ©sence proche. La tendresse peut sâapprendre encore partout dans la rue, Ă lâĂ©cole, en famille. Mais câest trĂšs mal vu. Combien de parents quand ils voient leurs enfants sâexplorer ou explorer leurs corps pensent Ă des dangers. Dans mon enfance ma mĂšre disait jeu de mains, jeu de vilain ». Et je crois que câest toujours vrai, dans lâimaginaire de chacun, ce risque dâaller trop loin, dâĂȘtre trop vulnĂ©rable, de dĂ©boucher sur lâimprĂ©visible, sur lâincontrĂŽlable que va-t-il arriver si je me laisse trop aller ? » Il mâa Ă©tĂ© demandĂ© Quâest-ce que vous pensez que lâon peut faire pour quâil y ait plus de tendresse dans ce monde ? » Tout dâabord nous pouvons tenter de la vivre dans nos relations proches, plus ouvertement et plus frĂ©quemment. Je crois Ă©galement quâil est important dâĂȘtre clair. Si jâai un geste vers quelquâun je crois que je dois tenter dâĂȘtre transparent sur mon intention qui est une intention dâoffrande, de partage et pas un geste de possession. Pas une tentative de prendre le pouvoir sur lâautre, soit en le sĂ©duisant, soit en le mettant en dĂ©pendance. Le grand leurre de la tendresse câest la sĂ©duction. Je voudrais rappeler ici que sĂ©duire signifie conduire Ă soi ». Et bien, ĂȘtre tendre nâest pas conduire Ă soi lâautre mais se conduire Ă lui ». Il faudrait inventer lâexpression faire la tendresse » pour aller plus loin que faire lâamour. Nous savons peu Ă©couter nos propres gestes, ce quâils disent au-delĂ de nos besoins, de nos dĂ©sirs, ce quâils disent comme modalitĂ© relationnelle. Câest aussi cela tenter dâĂȘtre clair. Je peux mâinterroger quelle est la qualitĂ© du geste que jâoffre ? » Est-ce un geste qui va ouvrir, agrandir, donner, offrir quelque chose Ă lâautre, ou est-ce un geste qui va le capter, le retenir, le coincer, le menacer ? On peut faire beaucoup de choses dans ce domaine, oser de plus en plus dans des lieux ouverts, dans des lieux de vacances, dans des lieux publics. Je suis assez optimiste sur ce plan, je crois que les gens Ă©prouvent de plus en plus le besoin de se rencontrer, dâĂȘtre plus vrais, dâĂȘtre plus Ă lâaise dans leur corps. La vĂȘture change, les gestes aussi, et beaucoup de gens passent de plus en plus de temps Ă accepter de sâoccuper dâeux-mĂȘmes ; ils sâinterrogent sur ce quâils disent avec leur corps et reconnaissent mieux leurs besoins au lieu de les nier ou de les dĂ©placer en symptĂŽmes divers. Il peut sembler y avoir une Ă©quivoque ou une contradiction. Plus haut jâai invitĂ© Ă donner et maintenant je propose de sâoccuper de soi-mĂȘme ce qui est plutĂŽt dirigĂ© vers son propre bien-ĂȘtre. Les deux sont complĂ©mentaires. Câest une activitĂ© importante dâoser sâoccuper de soi-mĂȘme. Combien de gens prĂ©tendent aimer autrui ou sâen faire aimer et paradoxalement, ne peuvent sâaimer eux-mĂȘmes Ils doutent ou mĂ©prisent leur corps, le dĂ©valorisent, il en ont honte ou nâen acceptent pas certains aspects physiques. Ils maltraitent leur propre corps et peuvent lâagresser par des non-soins. Je crois donc que le chemin de la tendresse passe par une reconnaissance et une acceptation de soi. Sâaimer et se respecter dĂ©jĂ soi-mĂȘme, câest peut-ĂȘtre aussi simplement accepter de dĂ©couvrir son territoire, le territoire de son corps et de ses ressources. Cette notion est entachĂ©e de moralisme sâoccuper de soi câest risquer dâĂȘtre vu comme Ă©goĂŻste. Mais comment puis-je prĂ©tendre aimer autrui, ma femme, mes enfants ou mes amis si je nâaccorde pas dâamour Ă ce que je suis ? Contrairement Ă ce que nous pouvons penser, sâaimer, soi-mĂȘme est quelque chose de difficile et mĂȘme de laborieux dans un premier temps. Il est possible dâĂȘtre tendre avec soi-mĂȘme. Oui, ah oui ! Je vais prendre des exemples dans le terre Ă terre du quotidien. Commençons par nous regarder dans la glace le matin est-ce que nous pouvons accepter de jeter sur nous un regard bienveillant ? Quelle tĂȘte faisons-nous le matin Ă nous-mĂȘme quand nous nous levons, nous rasons ou nous maquillons ? Si nos yeux pouvaient voir le regard que nous portons sur nous serions parfois trĂšs effrayĂ©s. Nous avons souvent sur nous un regard de dĂ©sintĂ©rĂȘt, de mĂ©pris ou de malveillance. La tendresse commence lĂ , avec soi-mĂȘme dans le premier regard que lâon porte sur soi le matin et dans les gestes Ă notre corps. La, façon dont on se lave, dont on caresse sa peau, dont on sâhabille. Certaines parties du corps ne sont jamais touchĂ©es, sâĂ©tiolent par manque de contacts et finissent par ĂȘtre absentes. Comme si nous avions ce que jâappelle un corps gruyĂšre, avec des vides nous avons parfois le corps trouĂ© dont lâinconscience va nous jouer des tours. Mais toutes ces rĂ©ticences, ces mĂ©connaissances surtout, sont liĂ©es au fait que le plaisir est trĂšs censurĂ©. Nous nâosons pas dire notre plaisir Ă lâautre, surtout quand il est pris en dehors de lui, comme si nous lui enlevions quelque chose. Quand les parents vivent mal le plaisir dâun enfant, ils tentent tout de suite de canaliser, de maintenir dans un seuil minime. Leur inquiĂ©tude est sur quoi cela pourrait-il dĂ©border ? », jusquâoĂč cela peut-il aller.. ? » Je suis pĂšre de cinq enfants. Jâai vu mes enfants tenter dâexprimer et de vivre la tendresse mais aussi en avoir peur, Ă tous les Ăąges. Il se produit une sorte dâapprivoisement Ă la tendresse. Une lente dĂ©couverte pour oser aimer, se respecter et se reconnaĂźtre, et puis oser tĂ©moigner de cela Ă un autre, et accepter de recevoir de lui. Jâentends souvent des gens qui se plaignent dâĂȘtre seuls, qui manquent dâamour. Je pense que lâamour est comme lâoxygĂšne, il se trouve partout, vraiment partout. Autour de moi je ne vois que ça ; il scintille comme un soleil permanent. Il est vrai que nous ne savons toujours le recevoir, nous sommes des infirmes sur ce plan-lĂ , des infirmes de lâamour, de la tendresse, car nous ne savons capter ce qui rayonne de partout. Capter non pas dans le sens dâen dĂ©possĂ©der lâautre, dâemmagasiner, de capitaliser Mais dans le sens de laisser circuler. Nous savons quâun corps sain est conducteur dâĂ©nergie, et bien un corps en relation est conducteur de tendresse. Notre corps est le passage obligĂ© de la tendresse. Prenons lâimage des ondes de radio, elles circulent dans lâespace ; peuvent les capter ceux qui ont un outillage suffisant, la disponibilitĂ© pour ouvrir leur poste Ă un moment donnĂ© et lâĂ©coute pour entendre. Eh bien lâamour, la tendresse circulent ainsi, nous traversent, circulent en nous Ă travers nous et hors de nous. Lâamour est Polymorphe. Je nâai certes pas les mĂȘmes gestes de tendresse avec ma petite fille Clara qui a onze ans et demi et une autre de mes filles Marine qui a vingt ans, et pourtant je ressens avec la mĂȘme Ă©motion, la mĂȘme intensitĂ©, le mĂȘme enthousiasme ce qui va passer entre nous. Lâimportant câest dâaller au-delĂ de la tendresse implicite vers la tendresse vĂ©cue, vers la tendresse tĂ©moignage. Ăvidemment, mes enfants reçoivent aussi des impulsions stimulantes ou Ă©ventuellement blocantes de tous les autres milieux quâils frĂ©quentent. Mais ce que nous avons pu vivre ensemble une certaine libertĂ© sur ce plan ils peuvent partager Ă leur tour⊠chaque fois quâils sentent que câest possible. Si on a rĂ©ussi Ă vivre en tendresse avec soi-mĂȘme, et avec dâautres chacun va trouver la bonne distance pour lui pour lâautre. Sans tomber dans des recettes, je reprendrai seulement cette image du chemin. Je crois que si on a commencĂ© Ă emprunter ce chemin, il est essentiel de le suivre. Il est possible de rencontrer des incidents en cours de route, de vivre des Ă©checs, de se faire blesser et dâavoir soi-mĂȘme trop engagĂ© sa tendresse et lâautre nous a déçu, nous a captĂ© ou a tentĂ© de nous avoir » avec cela. La tendresse peut crĂ©er de la solitude par le contraste plus accentuĂ© prĂ©sence-absence. Le chemin est vaste, il parcourt lâunivers et la vie avec nous. Dans beaucoup de situations relationnelles il est possible de manifester de la tendresse, dans un regard, dans un mouvement de bouche, dans un silence. Parfois, ce sera simplement de se sentir entendu par quelquâun, de se sentir compris simplement par lâacceptation de quelquâun qui ne va pas nous couper, qui ne va pas sâemparer de notre parole pour dĂ©velopper son point de vue Ă lui. LâĂ©coute et la tolĂ©rance sont une forme de tendresse. Câest un chemin trĂšs diversifiĂ©. Chacun le poursuit aussi loin quâil le peut, Ă son rythme. Il peut se laisser coincer, il peut se laisser arrĂȘter par un certain nombre dâincidents de parcours. Il peut aussi lâĂ©largir ou le prolonger. La libertĂ© de chacun sera dans le choix quâil fera de rester sur le chemin et de continuer Ă lâinventer ou de le quitter. La tendresse ce sont des yeux qui se dĂ©couvrent regard. Si la tendresse avait rĂ©ellement droit de citĂ© au niveau oĂč elle devrait lâavoir, il y aurait beaucoup moins de maladies, moins de malaises, plus de bonheur. Je crois que nous serions moins tordus » et dĂ©chirĂ©s sur le plan psychique, moins souffrants, je crois que nous nâaurions pas besoin dâutiliser ces langages symboliques que sont les maladies, les accidents, les actes manquĂ©s, les pseudo-conflits, pour Ă©ventuellement oser utiliser des langages plus directs qui sont les langages du corps. La tendresse peut dĂ©samorcer certains conflits, ou les Ă©viter. Il sâagit de pseudo-conflits, câest-Ă -dire de jeux relationnels » oĂč les positions sont dĂ©terminĂ©es, entretenues, combattues pour des enjeux qui Ă©chappent aux intĂ©ressĂ©s eux-mĂȘmes. Je ne prĂ©conise pas de dĂ©samorcer les autres conflits qui sont des affrontements ouverts. Je crois que le conflit fait partie de la vie. Nous vivons des pĂ©riodes de crises et de paliers, dâaffirmations et dâinterrogations. Par exemple, je crois quâil est trĂšs important dans un couple dâavoir des conflits, sous forme dâaffrontements ouverts oĂč chacun va se dĂ©finir et se diffĂ©rencier. Un des piĂšges justement est dâĂȘtre tentĂ© dâutiliser la tendresse comme une monnaie soit dâĂ©change, soit de dĂ©samorçage. Je ne crois pas que tendresse et conflits soient incompatibles je peux oser mâaffronter Ă quelquâun que jâaime, en particulier dans le sens oĂč jâai besoin de me faire reconnaĂźtre comme diffĂ©rent. Car un des piĂšges de la tendresse est la fusion, le risque de tomber dans un sorte dâamalgame, de collusion oĂč au fond, jâessaie de croire que lâautre est comme moi, quâil aime les mĂȘmes choses que moi, quâil partage les mĂȘmes points de vue. Je crois quâau contraire la tendresse ouverte permet plus de diffĂ©renciation, donc de reconnaissance vraie. La tendresse câest lâĂ©coute de la diffĂ©rence. Avec trop de diffĂ©renciation nous avons peur dâaller presque jusquâĂ la sĂ©paration ! Il est important de rappeler que le sens Ă©tymologique du mot sĂ©paration câest se diffĂ©rencier. Il est vrai que dans notre imaginaire, la sĂ©paration est souvent associĂ©e Ă la notion de perte, de rupture et dâĂ©loignement. Câest un des paradoxes de la communication quâil faut pour se rencontrer rĂ©ellement, accepter de se sĂ©parer, dans le sens de se diffĂ©rencier. Je peux donner un exemple concret. Si jâai envie dâaller au cinĂ©ma, ce soir, est-ce que je peux lui dire Jâai envie dâaller au cinĂ©ma, et toi ? ». Et câest en fonction de sa rĂ©ponse que ce fera mon vrai choix. Si elle me dit oui », nous allons au cinĂ©ma ensemble, et si elle me dit non, je suis fatiguĂ©e », câest lĂ que va se poser pour moi lâalternative, mon vrai choix est-ce que je maintiens mon projet ou est-ce que je prĂ©fĂšre rester avec elle et prĂšs dâelle. Mais souvent je vais Ă©viter de faire une demande claire en ce sens et je vais par exemple, quand jâai envie dâaller au cinĂ©ma, lui demander Ă elle tu nâas pas envie dâaller au cinĂ©ma ? câest-Ă -dire que je mets mon propre dĂ©sir dans ses mains et si elle me rĂ©pond non » je vais ĂȘtre frustrĂ© parce que je me suis laissĂ© dĂ©possĂ©der de mon propre choix. Parfois je vais donc au cinĂ©ma seul. Et parfois je renonce au cinĂ©ma. Mais je ne fais pas preuve de moins de tendresse en allant au cinĂ©ma seul, si jâai le sentiment que je vais pouvoir partager ce que je vais vivre avec elle, le lui redonner sous une forme ou sous une autre. Je ne fais pas preuve de plus de tendresse en me privant. La tendresse ne passe pas par la privation, la tendresse contient une idĂ©e dâabondance. En Ă©tant tendre et gĂ©nĂ©reux avec moi-mĂȘme, je peux proposer plus de tendresse. Je dois mâaimer moi-mĂȘme si je veux pouvoir aimer lâautre. Le bonheur ce nâest pas de rendre heureux lâautre, câest de se rendre heureux soi-mĂȘme et dâoffrir ce bonheur Ă lâautre », disait ma grand-mĂšre. Mon point de vue est quâil faut inviter les gens Ă parler de la tendresse, mais aussi Ă tĂ©moigner de la façon dont ils peuvent la vivre ou ne peuvent pas la vivre, de la façon dont ils peuvent lâoffrir ou la recevoir. Nous avons lâĂąge de notre tendresse. Notre usure nâest rien dâautre que de lâamour inemployĂ©. » Stan Rougier [1] Au cours dâune interview avec Jean Castel en juin 1982 sur Radio-Lille dans une sĂ©rie dâĂ©mission long-parcours » sur la Tendresse â 1 h. par quinzaine durant 8 mois. [2] Chacun sait que les bonnes confitures sont faites avec des fruits, du sucre et beaucoup dâamour. [3] Il y a tellement dâinterdits et de piĂšges dans le oser montrer ses sentiments rĂ©els.
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