🧨 Poème Il Restera De Toi Simone Veil

Espècesd’espèces, film documentaire de Denis Van Waerebeke, 2008. Haeckel Actiniae. Méfions nous des apparences. Il est des critères plus utiles que d’autres pour mettre un peu d’ordre dans le rassurant fouillis de la diversité du monde vivant. Ilrestera de toi. Simone Veil a rédigé le poème Il restera de toi. l restera de toi ce que tu as donné. Au lieu de le garder dans des coffres rouillés. Il restera de toi de ton StéphanieMonfermé: "Il restera de toi", le poème émouvant en mémoire de la policière. LeHuffPost. Suivre. l’année dernière . Lors de la cérémonie d’hommage de Stéphanie Monfermé, la policière tuée lors d’un attentat à Rambouillet, l’une de ses collègues a eu du mal à retenir ses larmes en lisant un poème de Simone Weil. Signaler. Vidéos à Exemplede poème pouvant agrémenter votre carte." il restera de toi "Il restera de toi ce que tu as donné. Au lieu de le garder dans des coffres rouillés. Il restera de toi de ton jardin secret, Une fleur oubliée qui ne s'est pas fanée. Ce que tu as donné, en d'autres fleurira. Celui qui perd sa vie, un jour la trouvera. Il restera de Il restera de toi » – Simone Veil « Il restera de toi ce que tu as donné. Au lieu de le garder dans des coffres rouillés. Il restera de toi de ton jardin secret, Une fleur oubliée qui ne s’est pas fanée. Ce que tu as donné, en d’autres fleurira. Celui qui perd sa vie, un jour la trouvera. Ilrestera de toi. Il restera de toi ce que tu as donné Au lieu de le garder dans des coffres rouillés. Il restera de toi de ton jardin secret Une fleur oubliée qui ne s'est pas fanée. Ce que tu as donné en d'autres fleurira celui qui perd sa vie un jour la trouvera. Il restera de toi ce que tu as offert Entre tes bras ouverts un matin au Ilrestera de toi une larme tombée, Un sourire germé sur les yeux de ton cœur. Il restera de toi ce que tu as semé Que tu as partagé aux mendiants du bonheur. Ce que tu as semé, ILRESTERA DE TOI, Simone Veil Il restera de toi ce que tu as donné Au lieu de le garder dans des coffres rouillés. Il restera de toi de ton jardin secret Une fleur oubliée Lamort n'est rien de Charles Péguy La mort n'est rien Je suis simplement passé dans la pièce à côté. Je suis moi. Tu es toi. Ce que nous étions l'un pour l'autre, nous le sommes toujours. k9pxTzp. 10 poèmes à lire pour l’enterrement, les obsèques, les funérailles d’un proche 1. L’arbre et la graine Quelqu’un meurt et c’est comme des pas qui s’arrêtent …. Mais si c’était un départ pour un nouveau voyage ? Quelqu’un meurt et c’est comme une porte qui claque … Mais si c’était un passage s’ouvrant sur d’autres paysages ? Quelqu’un meurt et c’est comme un arbre qui tombe … Mais si c’était une graine germant dans une terre nouvelle ? Quelqu’un meurt et c’est comme un silence qui hurle …. Mais s’il nous aidait à entendre la fragile musique de la vie ? Benoît Marchon Et un sourire La nuit n’est jamais complète Il y a toujours Puisque je le dis Puisque je l’affirme Au bout du chagrin Une fenêtre ouverte Une fenêtre éclairée Il y a toujours Un rêve qui veille Désir à combler Faim à satisfaire Un coeur généreux Une main tendue Une main ouverte Des yeux attentifs Une vie La vie à se partager. Paul Eluard 3. Demain, dès l’aube Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends. J’irai par la forêt, j’irai par la montagne. Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées, Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit, Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées, Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit. Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe, Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur, Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur. Victor Hugo 4. Sans titre Vous pouvez verser des larmes parce qu’elle s’en est allée, ou vous pouvez sourire parce qu’elle a vécu. Vous pouvez fermer vos yeux et prier qu’elle revienne, ou vous pouvez ouvrir vos yeux et voir tout ce qu’elle nous a laissé. Votre coeur peut être vide parce que vous ne pouvez la voir, ou il peut être plein de l’amour que vous avez partagé. Vous pouvez tourner le dos à demain et vivre hier, ou vous pouvez être heureux demain parce qu’il y a eu hier. Vous pouvez vous souvenir d’elle et ne penser qu’à son départ, ou vous pouvez chérir sa mémoire et la laisser vivre. Vous pouvez pleurer et vous fermer, ignorer et tourner le dos, ou vous pouvez faire ce qu’elle aurait voulu Sourire, ouvrir les yeux, aimer et continuer Eileen Cicole 5. Devant ma tombe Ne reste pas à pleurer devant ma tombe, Je n’y suis pas, je n’y dors pas. Je suis un millier de vents qui soufflent ; Je suis le scintillement du diamant sur la neige. Je suis la lumière du soleil sur le grain mûr ; Je suis la douce pluie d’automne. Quand tu t’éveilles dans le calme du matin, Je suis le prompt essor Qui lance vers le ciel où ils tournoient les oiseaux silencieux. Je suis la douce étoile qui brille la nuit. Ne reste pas à te lamenter devant ma tombe. Je n’y suis pas ; je ne suis pas mort. Anonyme 6. Il restera de toi Il restera de toi ce que tu as donné Au lieu de le garder dans des coffres rouillés… Ce que tu as donné en d’autres fleurira… Il restera de toi ce que tu as offert Entre tes bras ouverts un matin au soleil… Ce que tu as offert en d’autres revivra… Il restera de toi un sourire épanoui Aux bords de tes lèvres comme au bord de ton cœur… Ce que tu as ouvert en d’autres grandira… Il restera de toi ce que tu as semé Que tu as partagé aux mendiants du bonheur… Ce que tu as semé en d’autres germera… Simone Veil 7. L’échelle des anges Je ne sais pas d’où je viens mais je sais que j’ai toujours été ici. Je ne sais pas qui je suis mais je sais que ce que je suis est ce que l’autre est. Je ne sais pas où je suis, mais je sais que ce lieu n’a pas de limites. Je ne sais pas où je vais, mais je sais qu’à toutes heures quelqu’un m’accompagne. Je ne sais pas quel est mon but, mais je sais que pour le connaître, je dois arriver à moi-même. Je ne sais pas ce que je cherche, mais je sais que ce que je cherche me cherche. Je ne sais pas ce que je peux recevoir, mais je sais remercier pour ce qu’on m’a donné. Alexandro Jodorowsky 8. Au bord du vide Nous voici aujourd’hui au bord du vide Puisque nous cherchons partout le visage que nous avons perdu. Il était notre avenir et nous avons perdu notre avenir. Il était des nôtres et nous avons perdu cette part de nous-mêmes. Il nous questionnait et nous avons perdu sa question. Nous voici seuls, nos lèvres serrées sur nos pourquoi. Nous sommes venus ici chercher, chercher quelque chose ou quelqu’un. Chercher cet amour plus fort que la mort. Paul Éluard 9. Sans titre Un être humain qui s’éteint, ce n’est pas un mortel qui finit. C’est un immortel qui commence. C’est pourquoi en allant confier où il dormira doucement à côté des siens, en attendant que j’aille l’y rejoindre, je ne lui dis pas adieu, je lui dis à bientôt. Car la douleur qui me serre le cœur raffermit, à chacun de ses battements, ma certitude qu’il est impossible d’autant aimer un être et de le perdre pour toujours. Ceux que nous avons aimés et que nous avons perdus ne sont plus où ils étaient, mais ils sont toujours et partout où nous sommes. Cela s’appelle d’un beau mot plein de poésie et de tendresse le souvenir. Doris Lussier 10. Ton souvenir est comme un livre Ton Souvenir est comme un livre bien aimé, Qu’on lit sans cesse, et qui jamais n’est refermé, Un livre où l »on vit mieux sa vie, et qui vous hante D’un rêve nostalgique, où l »âme se tourmente. Je voudrais, convoitant l »impossible en mes voeux, Enfermer dans un vers l’odeur de tes cheveux ; Ciseler avec l’art patient des orfèvres Une phrase infléchie au contour de tes lèvres ; Emprisonner ce trouble et ces ondes d’émoi Qu’en tombant de ton âme, un mot propage en moi ; Dire quelle mer chante en vagues d’élégie Au golfe de tes seins où je me réfugie ; Dire, oh surtout ! tes yeux doux et tièdes parfois Comme une après-midi d’automne dans les bois ; De l’heure la plus chère enchâsser la relique, Et, sur le piano, tel soir mélancolique, Ressusciter l’écho presque religieux D’un ancien baiser attardé sur tes yeux. Albert Samain Pour aller plus loin Si vous souhaitez allez plus loin n’hésitez pas à consulter ma chaîne youtube en cliquant ici Si vous souhaitez lire d’autres articles a propos des cérémonies d’hommages, des rituels, … cliquez-ici Après avoir, en tant qu’artiste invité, fait entrer l’indicible au Panthéon, le cinéaste David Teboul nous donne en partage, à travers un livre minutieusement pensé, le témoignage recueilli au plus près de celle que Jean d’Ormesson décrivait comme une grande dame d’autrefois dont la dignité et l’allure imposaient le respect ». Dans cet ouvrage qui lui ressemble, elle raconte l’enfance niçoise, l’arrestation, la déportation, le difficile retour des camps, l’indifférence, le désir de vivre, les combats politiques et l’immarcescible empreinte du camp. Times of Israël Le livre est le fruit d’une rencontre et d’une amitié improbables, d’une histoire d’amour pudique et d’une promesse… Recevez gratuitement notre édition quotidienne par mail pour ne rien manquer du meilleur de l’info Inscription gratuite ! David Teboul Improbables, en effet, en tout cas au départ, mais je n’aime pas beaucoup l’expression amour pudique » c’est une histoire d’amitié sincère, intime et légère. Légère car étrangement, même si nous parlions beaucoup de la déportation, avec Simone, ce n’était jamais pesant. Simone marquait de la distance face aux choses elle avait vécu et vu tant d’atrocités qu’elle avait une forme de retenue. Avec Simone, ce n’était jamais pesant » Serez-vous alors d’accord avec l’expression livre-voix » dont on est tenté de gratifier le livre, tant il invite à une expérience synesthésique inattendue sollicitant également l’ouïe du lecteur ? David Teboul. Autorisation Complètement. Je suis vidéaste et j’ai voulu donner à entendre Simone Veil. Entendre quelque chose d’intime qui ne passe pas par le filtre de l’écriture. C’est une parole sans artifices. Pour son entrée au Panthéon, j’ai proposé que l’installation soit sonore. Je ne voulais pas que son visage apparaisse à l’intérieur du monument. Je voulais que sa voix soit entendue. Qu’elle le soit aussi à l’extérieur, dans tout le quartier et au-delà, dans les rues périphériques. Elle m’avait dit J’espère que vous ferez quelque chose de tous ces moments que nous avons passés ensemble ». Le livre est la promesse que je lui avais faite. Il est, lui aussi, conçu pour être entendu. Ce n’est ni un livre de commentateur ni un essai sur Simone Veil. C’est un livre à la première personne dont je suis le déclencheur, celui qui a enregistré la voix, tenté de la faire partager et maintenant, de la faire lire. L’écriture instaure une distance. Ce récit l’abolit. La tradition juive rappelle le nom d’un disparu pour honorer sa mémoire. Le livre est dédié à Albert Bulka, le plus jeune des enfants d’Izieu.… Simone Veil n’a jamais accepté la façon dont les nazis ont, jusqu’à la fin, déporté des enfants tout en sachant pertinemment que pour eux, la guerre était perdue. Le statut des enfants dans les camps l’a toujours particulièrement choquée. Elle m’en parlait souvent. Le convoi 71 avait à son bord cinq cents personnes, dont Simone Jacob, sa mère Yvonne, sa sœur Madeleine et trente-quatre des enfants raflés à la Maison d’Izieu. Albert Bulka avait quatre ans. Il a été assassiné dès son arrivée à Auschwitz. Le processus d’extermination a produit tant d’indifférenciation qu’il m’a paru important de l’incarner dans ce livre à travers le nom de cet enfant. À quoi pouvait-on penser quand on avait dix-sept ans, et que l’on se réveillait dans le camp à l’aube ? » Pourquoi avoir doté le titre de votre livre du doux et rimbaldien aube » ? Rimbaud parle en effet des camps de l’ombre » ndlr Aube, 23e poème des Illuminations mais ce n’est pas ma référence. Elle est ailleurs, dans une question que je n’ai jamais posée à Simone Veil. J’en ai pris conscience alors qu’elle était moins présente et qu’il était trop tard. À quoi pouvait-on penser quand on avait dix-sept ans et que l’on se réveillait dans le camp à l’aube ? C’est dur, la nuit, dans le camp. C’est l’angoisse de la mort, les cauchemars, les rêves. Et le matin ? En tant qu’artiste invité au Panthéon, l’idée m’est immédiatement venue de proposer que toute la cérémonie repose sur l’aube, sans que je puisse vraiment savoir pourquoi. Simone Veil, l’aube à Birkenau »,par David Teboul, aux éditions Les arènes, 288 pages, 20 € Peut-être parce que l’aube est aussi une promesse, pour reprendre les mots de Romain Gary que j’aime beaucoup. Pour tenter de transmettre l’indicible, j’ai refusé les images dont nous sommes submergés. J’ai voulu que cette mémoire, tous ces corps d’hommes, de femmes et d’enfants, entrent au Panthéon et que le son de l’aube à Birkenau pénètre les murs de ce monument de la République. J’en ai fait la minute de silence. Birkenau, juin 2018, cinq heures du matin une aube que le chant des oiseaux rend encore plus angoissante. Quand le président Macron est entré, accompagné des membres du gouvernement, de la famille et des enfants, les portes du Panthéon se sont refermées et à l’intérieur, chacun a pu écouter la nuit à Birkenau. Les portes se sont ensuite ouvertes et ce son est allé jusqu’au Jardin du Luxembourg. Simone Veil était présente dans tout le quartier grâce aux micros qui diffusaient sa voix. Le son a introduit le sentiment de sérénité que je voulais insuffler à cet hommage. pages de l’ouvrage, confiées à un graphiste réputé Bruno Monguzzi, ont été pensées, apprend-t-on, ligne à ligne ». Pourquoi une attention si scrupuleuse a-t-elle été accordée à la forme ? Je voulais un bel objet, pas un beau livre. On ne lit jamais les beaux livres, on les ouvre une fois et on les range dans la bibliothèque. Je voulais qu’on puisse le lire facilement. Simone Veil n’était pas une intellectuelle, elle parlait très simplement. Il fallait un livre léger, qui ne soit pas dans le sacré. Un bel objet, pas un beau livre. On ne lit jamais les beaux livres » Elle n’était pas dans la sacralisation des choses. Il était primordial pour moi de travailler avec un graphiste capable de comprendre le lien entre le son, la voix et les photographies présentes dans le livre, afin de donner une forme à cet ensemble. Il ne fallait surtout pas être dans le fétichisme du livre. Je n’aime pas quand on est chichiteux » avec la Shoah, fût-ce pour de bonnes raisons. Le livre devait ressembler à Simone Veil qui était belle à l’intérieur et à l’extérieur. Il devait aussi ressembler à la promesse que je lui avais faite et à l’intimité de notre lien qui est certainement l’un des plus beaux que j’aie eu la chance de vivre. Des photos d’époques différentes illustrent ce livre dont l’une, prise par vous-même pendant vos rencontres, capte le regard de Simone Veil. Dans Simone Veil et les siens Grasset 2018, la journaliste Annick Cojean décrit des yeux exigeants et lucides, qui avaient vu tant de choses, et dans lesquels passaient parfois des nuages et des ombres qu’elle chassait »… Simone avait un regard très puissant. La première fois que je l’ai vue, c’était en 1979, à la télévision, lors de la diffusion des Dossiers de l’Écran » émission de télévision française créée par feu Armand Jammot, dont le thème était, ce mardi 6 mars 1979 Vie et mort dans les camps nazis ». Le regard de Simone Veil photographié par David Teboul. Autorisation Simone Veil, qui participait au débat, entra ce soir-là dans votre Panthéon personnel. Prélude de votre future rencontre, cette émission ne fut-elle pas également à l’origine de votre vocation d’artiste vidéaste et cinéaste ? C’est un moment magnifique où il y a ce zoom progressif sur son visage. Quelque chose se produit, en plus de l’émotion suscitée par la diffusion d’une série dont les quatre épisodes m’avaient fait pleurer ndlr, Holocauste. C’est un choc cinématographique, émotionnel et érotique. Simone Veil est belle, singulière et elle parle avec une grande liberté de sa déportation. L’enfant que je suis alors saisit quelque chose. Par la suite, Simone Veil ne m’a plus jamais quitté. Cette émission n’a-t-elle pas eu aussi pour conséquence d’interpeller votre judéité ? Dans ces années-là, personne autour de moi n’exprimait sa judéité. À Kippour, on invoquait une maladie pour justifier mon absence. D’ailleurs, à l’école, il était impensable pour moi de dire que j’étais juif. Et quand, ce soir-là, je vois cette femme sublime, de surcroît ministre, parler à la télévision de sa déportation en tant que juive, je bascule… Il vous a fallu attendre la fin des années 1990 pour, jeune cinéaste, lui proposer de lui consacrer un film et obtenir finalement son accord grâce à un argument inattendu. Quelle chutspa s’est-elle donc emparée du jeune artiste subjugué ? Simone me touchait profondément. Je l’ai toujours aimée, avant même de la connaître mais elle ne m’impressionnait pas. Il est plus facile de nouer des liens quand on n’est pas impressionné. Elle m’avait plusieurs fois fait transmettre son refus par son secrétariat. Le jour où elle prend elle-même le téléphone, elle me parle très sèchement. Cela a d’ailleurs été la seule fois où elle a été sèche avec moi. Pourtant, à ce moment-là, je suis convaincu que je vais réussir. Votre chignon, madame » Elle me donne rendez-vous le lendemain à son bureau. Elle arrive très en retard et se confond en excuses, ce qui me plaît bien ! On parle de plein de choses et, fidèle à son sens de la formule, elle me demande soudain qu’est-ce-qui vous intéresse chez moi ? ». Votre chignon, madame ». Dès lors, je redeviens certainement l’enfant qui l’avait regardée aux Dossiers de l’Ecran » et elle redevient la jeune déportée Simone Jacob. Elle me parle de maman, de papa, de ses quinze ans. Très vite, malgré notre différence d’âge et son statut, nous entamons une relation très jeune. J’ai toujours eu le sentiment que c’était la rescapée qui s’exprimait, même quand elle me parlait de l’après-guerre ou que je l’interrogeais sur son combat pour l’amélioration des droits des femmes. Je crois que c’est ce lien à la jeunesse qui nous a unis pendant toute la durée de nos conversations. Ce chignon a fait l’objet d’une séquence devenue culte, dans l’émission de Christophe Dechavanne ndlr Toutes folles de lui », 1986 dans laquelle Simone Veil dénoue ses cheveux. L’animateur nous a confié que le mari de Simone Veil, Antoine, n’avait pas du tout apprécié l’apparition télévisuelle de son épouse en cheveux »… Moi, je l’ai filmée chez son coiffeur et Antoine n’était pas très content ! Il était plus conventionnel que Simone… La raison pour laquelle votre réponse a ébranlé Simone Veil s’explique par le fait qu’aucune femme de son convoi n’avait été complètement rasée… On n’a jamais su pourquoi ces femmes n’avaient pas été totalement rasées. S’il y a eu des survivants, c’est sans doute parce que le typhus a ralenti le zèle de l’administration nazie à l’arrivée du convoi. C’est une chance comme il y en a eu, parfois, au camp. C’est un accident. Les survivants sont des accidents. Peut-être ont-ils été plus solides que d’autres, mais ils sont des accidents. De quelle façon meniez-vous les interviews ? S’agissait-il de conversations à bâtons rompus ? Oui et il nous arrivait aussi de nous contenter de déjeuner, comme les deux amis que nous étions devenus. D’autres fois, je reposais des questions laissées en suspens. Pratiquait-elle une forme de censure ? Non, jamais. Simone Veil demandait-elle à relire vos retranscriptions, comme le font souvent les politiques ? Non, mais elle avait vu mon film ndlr Simone Veil, une histoire française » 2004. Elle me connaissait bien et m’accordait sa confiance. La mère de Simone Veil, Yvonne Jacob à La Ciotat avant la déportation. Autorisation Elle vous raconte son enfance à Nice, l’arrestation, la déportation, le difficile retour des camps, les engagements politiques… Le fil rouge qui relie ces deux parties de sa vie n’est-il pas incarné par sa mère ? C’est fondamental. C’est dans le souvenir de sa mère que Simone Veil a puisé le courage qui n’a cessé de l’animer par la suite. Elle me parlait souvent de la force que sa mère lui avait donnée. C’était un amour passionnel que l’épreuve de la déportation a renforcé et doublé d’une immense admiration. Au camp, la beauté préservée de Simone Veil, dont la chevelure avait été épargnée par le rasoir erratique des kapos, aurait pu susciter de dangereuses jalousies. Or sa beauté l’a aidée, voire sauvée. Etait-elle, à ce moment de sa jeune vie, une incarnation de l’aube à Birkenau ? Comme elle le dit, à son arrivée au camp, Simone avait gardé l’apparence de sa vie niçoise encore proche. La plupart des femmes étaient au camp depuis très longtemps. Les chefs de block, quand elles étaient juives, venaient de l’Est et avaient déjà perdu toute leur famille. Elles étaient redoutables. Alors oui, dans ce non-lieu hors du monde qu’était le camp, je pense que la jeunesse et la beauté ont réveillé, chez certaines, le peu d’humanité qui leur restait. C’est cette perte d’humanité que Ginette Kolinka, camarade de déportation, décèle dans les propos brutaux des kapos que Simone Veil vous rapporte, à l’identique Bah, ceux qui étaient avec vous…, regardez la cheminée, ils sont déjà partis, ils ont été gazés, brûlés. Cette fumée, voilà ce qu’il reste d’eux. » Selon elle, le message de ces gardiennes déportées était dépourvu de cynisme Elles estimaient qu’il valait mieux ne pas se faire d’illusions ». Plus tard, Simone Veil vous dit Dès 1945, je suis devenue, je ne dirais pas cynique mais absolument sans illusions ». Elle reprend les deux mots. Est-ce ça, l’empreinte instinctive, ce quelque chose de sensoriel, d’ineffaçable » qui fait d’elle, selon les mots de Marceline Loridan-Ivens, une fille du camp » ? Oui et c’est la raison pour laquelle Simone Veil était très peu sensible aux idéologies et aux positions extrêmes dont elle se méfiait elle n’avait pas d’illusions sur les choses mais elle n’était pas cynique. Je vous parlais, au début de notre entretien, de la distance qu’elle avait face aux choses. Dans le camp, elle avait été témoin de ce que les hommes avaient été capables de faire. Elle en était restée marquée et toute sa vie, elle est restée une déportée. Ses réactions, épidermiques, étaient liées à ce qu’elle avait vécu. Elle l’exprime très bien dans le livre. Si la victoire éclatante de Boris Johnson acte le Brexit, elle signe aussi la défaite de Jeremy Corbyn, leader politique le plus populaire parmi les Britanniques ayant, selon un rapport publié récemment, des opinions antisémites suscitant dans la foulée les accusations de Jean-Luc Mélanchon à l’encontre du CRIF. Ce soubresaut européen n’apparaît-il pas comme une ironie du sort, voire de l’Histoire, au regard de l’engagement de Simone Veil qui a tant œuvré pour la construction européenne ? Le contexte européen dans lequel Simone Veil intervenait quand elle était en activité était très différent. Je ne peux pas commenter une situation actuelle en son nom et il m’est difficile de faire des liens avec l’actualité. Je n’aime pas voir quelqu’un d’autre se livrer à ce genre d’exercice. Je m’interdis de faire des comparaisons, même si je perçois évidemment certains échos. Et puis, Simone Veil était imprévisible sur les idéologies extrêmes, son raisonnement était facile à deviner mais sur des sujets plus nuancés, elle était très singulière et avait des points de vue parfois surprenants.… Sans verser dans la prosopopée, s’agissant de la réconciliation franco-allemande dont elle fut l’une des promotrices, ne retrouvez-vous pas, dans la récente visite d’Angela Merkel à Auschwitz, l’écho de ce que Simone Veil vous disait au sujet de la mémoire Là-dessus, les Allemands ont vraiment joué le jeu » ? C’est un sujet qui lui tenait à cœur. Bien sûr, les Allemands ont joué le jeu. Ils ne pouvaient pas faire autrement pour retrouver une place parmi les nations et s’inscrire dans la construction de l’Europe. Mais c’est vrai ils ont fait un travail très important aux yeux de Simone Veil en matière d’enseignement dans les écoles. Pour tenir une autre promesse, vous donnez la parole à un camarade de déportation, Paul Shaffer, que Simone Jacob avait rencontré à Bobrek. Elle lui dit, dans le livre Lorsque les jeunes disent qu’ils imaginent, ils n’imaginent’ rien du tout. Cela reste inimaginable », Paul répond À mon sens, il est heureux qu’ils ne puissent pas l’imaginer, parce que les individus qui seraient capables de se représenter une telle réalité seraient des individus dangereux ». Ne trouve-t-il pas là une façon à la fois simple et puissante d’évoquer l’indicible ? C’est une phrase extraordinaire. Ce qui s’est passé dans les camps est tellement barbare et obscène…. Simone disait souvent Les gens ne comprennent pas parce qu’ils veulent faire des comparaisons »… Simone Veil et Paul Schaffer, tous deux rescapés du petit camps de Bobrek oùils se sont rencontrés en 1944. Autorisation Simone Veil, une femme française, élégante, digne, indépendante, libre, parfois rigide et, de façon irréductible, une femme juive, comme en témoigne la phrase ultime du livre Le Kaddish sera lu sur ma tombe »… Une femme profondément juive. Et française. C’est par ce texte de Simone Veil, retranscrit dans le livre, que j’ai souhaité faire commencer la cérémonie du Panthéon. Je l’avais enregistrée. C’était important. Le Kaddish sera lu sur ma tombe Quel était le rapport de Simone Veil à Israël ? Elle le dit très clairement c’est par rapport au camp. Les apatrides, des jeunes femmes d’origine polonaise, tchèque ou slovaque disaient Si on s’en sort, on ira en Palestine ». Chaque fois qu’elle était en Israël où elle avait beaucoup d’amis, ce souvenir et cette émotion remontaient. Je trouve qu’elle en parle très bien dans le livre, notamment lorsqu’elle raconte comment ces gens qui avaient tout perdu, y compris leur nationalité, sont partis au moment de la guerre de 1948 et ont trouvé en Israël ce qu’ils cherchaient. Simone Veil me parlait souvent de ce que ce rêve avait représenté pour les survivants. La force de son lien à Israël tenait aussi à cette histoire-là. Votre actualité est aussi cinématographique et liée à Freud… Il s’agit de Sigmund Freud, un juif sans Dieu ». À partir de sa correspondance, mon film dresse un portrait des Freud et décrit la relation particulière que Freud avait avec sa fille, ainsi que sa relation à son propre père et à la figure de Moïse. Il sera diffusé sur Arte. Et je suis très heureux d’aller le présenter à Jérusalem, à l’occasion du Jerusalem Jewish film Festival ! Et le film sur la Sibérie ? C’est Mon amour », qui va prochainement sortir en salles. C’est un film sur l’amour et le désespoir, au bord du fleuve Amour, même si en russe, Amour est un nom propre qui n’a rien à voir avec l’amour. Au risque de vous entraîner dans un résumé forcément réducteur, la tentation est grande de vous demander ce que vous retenez de Simone Veil… Simone Veil était une femme d’un courage et d’une force exceptionnels. Je retiens aussi l’attention qu’elle accordait aux questions humaines, sa réserve sur les populismes et les idéologies. Pour elle, la mémoire était une question très importante, ainsi que la reconnaissance des Justes. Elle avait à cœur de rendre hommage à celles et ceux qui avaient pris des risques. Simone Veil était très sensible à cette résistance qui a sauvé des hommes, des femmes et des enfants juifs. David Teboul, Simone Veil, l’aube à Birkenau, Les arènes, 288 pages, 20 € Discours, hommages et livre voici cinq textes qui permettent de mieux comprendre l’engagement de Simone Veil et de retracer sa vie de rescapée d'Auschwitz, ministre de la Santé à l'origine de la loi sur l'IVG, présidente du Parlement européen, membre du Conseil constitutionnel, immortelle à l'Académie française... La vie de Simone Veil est extraordinaire. Son parcours, l'un des plus exceptionnels du XXe siècle. La Française, morte vendredi à 89 ans, laisse des discours marquants. Le JDD a compilé cinq textes qui retracent ses engagements et ses combats, dont trois qu'elle a elle-même prononcés, ainsi que celui de Jean d'Ormesson lors de son entrée à l'Académie et les écrits de son époux. Cinq textes qui résument Simone l’adresse aux députés pour la loi sur l’IVGLe 26 novembre 1974, Simone Veil s’adresse aux députés un ­cénacle presque exclusivement masculin, auquel elle expose les motifs de sa loi encadrant la dépénalisation de l’avortement.Sipa"Pour quelques-uns, les choses sont simples il existe une loi ­répressive, il n’y a qu’à l’appliquer. D’autres se demandent pourquoi le Parlement devrait trancher maintenant ces problèmes nul n’ignore que depuis l’origine, et particulièrement depuis le début du siècle, la loi a toujours été rigoureuse, mais qu’elle n’a été que peu appliquée. […]Pourquoi donc ne pas continuer à fermer les yeux? Parce que la ­situation actuelle est mauvaise. Je dirais même qu’elle est déplorable et est mauvaise parce que la loi est ouvertement bafouée, pire même, ridiculisée. Lorsque l’écart entre les infractions commises et celles qui sont poursuivies est tel qu’il n’y a plus à proprement parler de répression, c’est le respect des citoyens pour la loi et donc l’autorité de l’État qui sont mis en les médecins, dans leurs cabinets, enfreignent la loi et le font connaître publiquement, lorsque les parquets, avant de poursuivre, sont invités à en référer dans chaque cas au ministère de la Justice, lorsque des services sociaux d’organismes publics fournissent à des femmes en détresse les renseignements susceptibles de faciliter une interruption de grossesse, lorsque, aux mêmes fins, sont organisés ouvertement et même par charter des voyages à l’étranger, alors je dis que nous sommes dans une situation de désordre et d’anarchie qui ne peut plus me direz-vous, pourquoi avoir laissé la situation se dégrader ainsi et pourquoi la tolérer? Pourquoi ne pas faire respecter la loi?Parce que si des médecins, si des personnels sociaux, si même un certain nombre de citoyens participent à ces actions illégales, c’est bien qu’ils s’y sentent contraints ; en opposition parfois avec leurs convictions personnelles, ils se trouvent confrontés à des situations de fait qu’ils ne peuvent ­méconnaître. Parce qu’en face d’une femme décidée à interrompre sa grossesse, ils savent qu’en refusant leur conseil et leur soutien ils la rejettent dans la solitude et l’angoisse d’un acte perpétré dans les pires conditions, qui risque de la laisser mutilée à jamais. Ils savent que la même femme, si elle a de l’argent, si elle sait s’informer, se rendra dans un pays voisin ou même en France dans certaines cliniques et pourra, sans encourir aucun risque ni ­aucune pénalité, mettre fin à sa grossesse. Et ces femmes, ce ne sont pas nécessairement les plus immorales ou les plus ­inconscientes. Elles sont chaque année. Ce sont celles que nous côtoyons chaque jour et dont nous ignorons la plupart du temps la détresse et les à ce désordre qu’il faut mettre fin. C’est cette injustice qu’il convient de faire cesser."Lire aussi VIDEOS. Simone Veil racontée en six discours2004 Simone Veil s’exprime à Berlin sur AuschwitzLe 27 janvier 2004, jour anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, Simone Veil prend la parole devant les députés du Bundestag, à Berlin.Sipa"Le 27 janvier 1945, quand les premiers soldats soviétiques ­entrèrent dans le camp ­d’Auschwitz, ils n’y trouvèrent, incrédules et terrifiés, que quelques milliers de malades et de mourants qui avaient, par miracle, échappé aux nazis. Quelques jours auparavant les dizaines de milliers de détenus d’Auschwitz encore ­vivants que nous étions avaient été contraints, entraînés de force et sous la menace, de se rassembler et de prendre la route dans cette “marche de la mort”.Contrairement à la libération de Paris […], la libération des camps n’eut rien de festif. Pour les armées et les peuples en guerre, ce ne fut, sur le moment, pas même un camp libéré, cela voulait dire que les chambres à gaz ne tournaient plus, que les trains n’arrivaient plus, que les ordres implacables s’étaient enfin tus. La machine infernale s’arrêtait, elle qui avait tourné à plein régime les derniers mois, avec une cadence implacable ; d’autant plus implacable que les nazis, sentant tourner le vent de la guerre, voulaient parachever leur grande œuvre d’anéantissement du peuple juif avant que la défaite de leur armée ne les en empêche. Le camp cessait donc de fonctionner. Pour les milliers de déportés encore en vie, le risque vital paraissait avons eu alors l’espoir, compte tenu de l’avancée rapide de l’Armée rouge, d’être très vite libérés, à moins que les SS n’aient le temps de nous exterminer fait, après avoir marché pendant plusieurs jours dans le froid et la neige, emmenés dans des ­wagons à ciel ouvert vers des camps à l’ouest – Dora, ­Mauthausen, ­Buchenwald, ­Bergen-Belsen –, nombreux furent ceux qui moururent, en chemin, d’épuisement ou sous les dernières balles des SS. Notre cauchemar était loin d’être terminé, il nous fallut attendre encore plusieurs mois pour être libérés. Entre-temps, l’épuisement, la faim et le typhus, les exécutions sommaires ont tué un grand nombre de ceux qui avaient miraculeusement survécu me souviens de l’arrivée des soldats anglais à Bergen-Belsen, c’est à peine si nous avons pu nous en réjouir. La libération venait trop tard, nous avions le sentiment d’avoir perdu toute humanité et toute envie de les rares rescapés, nous n’avions plus de famille, plus de parents, plus de foyer. Seuls, nous l’étions, d’autant plus que ce que nous avions vécu, personne ne voulait le savoir. Ce que nous avions vu, personne ne voulait l’entendre. Ce que nous avions à raconter, personne ne voulait en partager le fardeau. Nous ne devions pas vivre la suprématie nazie était tellement écrasante que nous avions intériorisé jusqu’à l’inéluctabilité de notre condamnation à mort. Nous, les rescapés, nous, les témoins, ­n’avions survécu que pour être rendus au silence. “Qu’ils vivent, soit, mais qu’ils se taisent”, semblait nous dire le monde hors du camp."2006 Son discours sur l’Europe à AmsterdamC’est en évoquant la folie nazie et la Shoah que Simone Veil parlait le mieux de l’Europe. Ainsi à Amsterdam le 26 juillet 2006, veille de la Journée de la mémoire de l’Holocauste.Reuters"Pendant la Seconde Guerre mondiale, toute l’Europe avait sombré, entraînée par le nazisme. L’idée même du rapprochement entre les Européens était fondée sur la conviction que nous ne nous relèverions qu’ensemble, en prenant appui les uns sur les autres. Il n’y avait là ni naïveté lénifiante, ni intention d’exonérer les États de leur responsabilité. Ce n’était pas de pardon qu’il s’agissait, ni d’oubli, mais d’une réconciliation ­lucide et courageuse, aussi utopique qu’elle était réaliste, d’autant plus nécessaire qu’elle se savait surgir du plus profond désespoir. Il fallait briser l’engrenage la réconciliation entre les peuples européens serait le pivot de la construction d’une Europe pacifiée. Il fallait faire un pari, et s’y tenir malgré les obstacles. Construire des ponts, tisser des liens, bâtir un cadre dans lequel les passions de haine seraient neutralisées. Prendre nos souffrances, nos épreuves, nos blessures comme socle d’une nouvelle entreprise commune. L’amitié viendrait plus tard. Tel était le pari, lucide et acharné, de la construction européenne que, comme d’autres, j’envisageais.[…] Tirant les leçons des ­expériences totalitaires du passé, l’Europe se doit d’offrir à tous ses citoyens le plus de liberté possible dans un souci de coexistence solidaire et pacifiée, en multipliant les échanges, dans tous les domaines. Comme l’ont rappelé récemment les conditions posées à l’adhésion des nouveaux pays entrants, les droits des minorités nationales doivent être respectés, la liberté religieuse et la liberté d’opinion garanties, pour prévenir les ­menaces de conflits démocratie repose sur la confiance dans les individus ­citoyens décidant ensemblede leur avenir commun, à partir de ­valeurs partagées. ­Courage ­civique, tolérance, respect de l’autre, ces ­valeurs de l’Europe sont celles que l’histoire du nazisme a montrées comme les plus nécessaires aux heures les plus sombres. Ce sont elles qui, dans les cœurs et les ­esprits, dans les gestes et les actes de quelques-uns, ont sauvé ­l’honneur quand des nations entières sombraient."2010 le discours de Jean d’Ormesson qui accueille Simone Veil à l’Académie françaiseLe 18 mars 2010, Simone Veil fait son entrée à l’Académie française. C’est Jean d’Ormesson qui est chargé de prononcer le discours de réception, vibrant comme il se doit.Sipa"Il paraît, Madame, que vous avez un caractère difficile. Difficile ! Je pense bien. On ne sort pas de la Shoah avec le sourire aux lèvres. Avec votre teint de lys, vos longs cheveux, vos yeux verts qui viraient déjà parfois au noir, vous étiez une jeune fille, non seulement très belle mais très douce et peut-être plutôt rêveuse. Une armée de bourreaux, les crimes du national-socialisme et survivants sur juifs français déportés vous ont contrainte à vous durcir pour essayer de sauver votre mère et votre sœur, pour ne pas périr vous-même. ­Permettez-moi de vous le dire avec simplicité pour quelqu’un qui a traversé vivante le feu de l’enfer et qui a été bien obligée de perdre beaucoup de ses illusions, vous me paraissez très peu cynique, très tendre et même enjouée et très gaie.[…] Je m’interroge sur les sentiments que vous portent les Français. Vous avez été abreuvée d’insultes par une minorité, et une large majorité voue une sorte de culte à l’icône que vous êtes première réponse à la question posée par une popularité si constante et si exceptionnelle est liée à votre attitude face au malheur. Vous avez dominé ce malheur avec une fermeté d’âme exemplaire. Ce que vous êtes d’abord, c’est courageuse – et les Français aiment le avez des convictions, mais elles ne sont jamais partisanes. Vous les défendez avec force. Mais vous êtes loyale envers vos adversaires comme vous êtes loyale envers vos amis. Vous êtes un modèle d’indépendance. Plus d’une fois, vous trouvez le courage de vous opposer à ceux qui vous sont proches et de prendre, parce que vous pensez qu’ils n’ont pas toujours tort, le parti de ceux qui sont plus éloignés de vous. C’est aussi pour cette raison que les Français vous une rigueur à toute épreuve, vous êtes, en vérité, une éternelle rebelle. Vous êtes féministe, vous défendez la cause des femmes avec une fermeté implacable, mais vous n’adhérez pas aux thèses de celles qui, à l’image de Simone de Beauvoir, nient les différences entre les sexes. Vous êtes du côté des plus faibles, mais vous refusez toute victimisation. Quand on vous propose la Légion d’honneur au titre d’ancienne déportée, vous déclarez avec calme et avec beaucoup d’audace qu’il ne suffit pas d’avoir été malheureuse dans un camp pour mériter d’être clé de votre popularité, il faut peut-être la chercher, en fin de compte, dans votre capacité à emporter l’adhésion des Français. Cette adhésion ne repose pas pour vous sur je ne sais quel consensus médiocre et boiteux entre les innombrables opinions qui ne cessent de diviser notre vieux pays. Elle repose sur des principes que vous affirmez, envers et contre tous, sans jamais hausser le ton, et qui finissent par convaincre. Disons-le sans affectation au cœur de la vie politique, vous offrez une image républicaine et y a en vous comme un secret vous êtes la tradition même et la modernité incarnée. Je vous regarde, Madame vous me faites penser à ces grandes dames d’autrefois dont la dignité et l’allure imposaient le respect. Et puis, je considère votre parcours et je vous vois comme une de ces figures de proue en avance sur l’Histoire." 2010 les Mémoires d’Antoine VeilEn novembre 2010, Antoine Veil publie "Salut". Dans ses Mémoires, il raconte sa complicité avec Simone et sa vie de "mari de..."Sipa"Au printemps 1974, Valéry Giscard d’Estaing, élu Président de la République, lui confiait […] le porte -feuille de la santé dans le gouvernement de Jacques Chirac. Quelques mois plus tard, le débat parlementaire sur l’interruption volontaire de grossesse allait l’installer de manière irréversible au firmament de la popularité. Alors que, depuis près de trente ans, Simone avait été, au moins "en société", comme on dit, en tous cas en dehors des heures de bureau, la "femme d’Antoine", voilà que, sans coup férir, je suis définitivement devenu le "mari de Simone".A y bien réfléchir, trois, bientôt quatre décennies plus tard, il m’arrive de penser que j’aurais sans doute pu vivre moins sereinement cette authentique révolution matrimoniale, à l’époque, on en conviendra, tout à fait exceptionnelle. Je n’ai pas gardé en mémoire le sentiment d’avoir été, dans l’immédiat, bouleversé par l’événement. Je n’ai pas eu l’impression d’être l’Edmund Hillary de la Chirac a-t-il jamais réalisé, quant à lui, à quel point il avait, en proposant à Valéry Giscard d’Estaing d’embarquer Simone dans son gouvernement, je ne dirai pas bouleversé mon existence, mais plutôt modifié la perception extérieure d’un couple jusque-là banal? Quoi qu’il en soit, je n’ai pas le souvenir de lui avoir tenu rigueur de cette redistribution des rôles. D’abord, l’événement, au fond sans réellement me surprendre, me fascinait. J’admirais le naturel et la maîtrise avec lesquels Simone épousait son nouveau épisodes, les uns lourds de sens, les autres plus futiles, se sont gravés dans la légende familiale. Le débat sur la légalisation de l’avortement m’a surpris par sa violence. […] Les graffitis accolant à notre nom le sigle des SS ont été difficiles à démêlés de Simone avec les services du protocole étaient plus cocasses. Ma femme vivait mal le fait que, dans les dîners officiels, si elle-même était logée à son rang protocolaire, ma place à table n’était pas celle qui m’eut été assignée si, conformément à la jurisprudence usuelle, son conjoint eut été de sexe féminin. Elle considérait comme discriminatoire que je sois relégué dans le troupeau des "hommes d’affaires". Ce bras de fer, que je trouvais plutôt comique, dura suffisamment longtemps pour que le Président Giscard d’Estaing s’en inquiète un jour en me demandant si l’"affaire était réglée". Je le rassurais en ajoutant que je lui souhaitais de ne pas être confronté à de plus graves difficultés. Dans les mêmes circonstances officielles, il m’arrivait d’entendre l’huissier introduisant les personnalités claironner "Madame Le Ministre de la Santé", puis "Monsieur Simone Veil"."

poème il restera de toi simone veil